Que dirons-nous à nos enfants ?

Par Dominique Ourlin

Que dire à nos enfants, face à la violence de ce monde que nous leur léguons ?

Menace terroriste… Réchauffement de la planète… Violences de toutes sortes… Chômage… Instabilité… et j’en passe. D’où la question qui a le mérite d’être franche et honnête : Que dirons-nous à nos enfants s’ils nous demandent un jour pourquoi nous les avons mis au monde ? D’autres, pour les mêmes raisons, demandent plutôt : Qui voudrait avoir des enfants pour leur offrir un monde pareil ?

Que Dieu nous garde — ou nous délivre — des réponses toutes faites et trop faciles. Mais il n’est pas interdit de réfléchir et de partager certaines vérités.

Tout d’abord, il est peu probable qu’un enfant pose une telle question. Ce n’est pas dans sa nature. L’enfant ne grandit pas en comparant sa vie avec celle des autres. Il vit sa réalité présente et s’y adapte pour le meilleur ou pour le pire – capacité que nous, adultes, perdons souvent en prenant de l’âge… Le propre de l’enfant est plutôt d’explorer son univers et de découvrir la réalité telle qu’elle s’offre à lui. Il est même capable de jouer et de rire là où tout porte à pleurer et désespérer. Il a une capacité de rebondir et de « faire avec », un instinct de vie et de survie qui le sauve et le garde tendu vers l’avenir, quel qu’il puisse être.

C’est bien plutôt nous, adultes, qui sommes hantés par ces questions, et ce à juste titre. Après tout, nous sommes en grande partie responsables de la venue dans ce monde de ces enfants innocents.

Avant, pendant et après les guerres et les temps les plus difficiles, des enfants sont nés. Parfois imprévus, mais le plus souvent voulus et désirés, fruit de l’amour d’un homme et d’une femme qui refusaient de laisser les événements déterminer leur destinée. Beaucoup d’entre nous ne seraient pas là aujourd’hui si ce n’est pour l’audace naïve de nos grands-parents et arrière-grands-parents qui ont traversé des guerres mondiales, des récessions et autres épidémies dévastatrices. Ils ont osé croire en l’avenir   ̶  le leur et celui de leurs progénitures. Instinct de conservation ? Instinct d’espérance ? Oserions-nous le leur reprocher ?

Un homme et une femme qui tombent amoureux l’un de l’autre ne sont pas forcément animés du désir d’avoir des enfants dès les premiers temps. Mystérieusement, le désir naît du plaisir de l’amour et devient souvent un besoin irrationnel, mais bien réel. Et voilà que l’enfant paraît…

Que dire à nos enfants ? Je crois que la question est bien plus de savoir comment nous vivons devant nos enfants. Il est bien connu que la vision du monde et de l’avenir de l’enfant est bien davantage façonnée par l’attitude et l’exemple de ses parents que par leurs beaux (et pas si beaux) discours et autres leçons de morale. C’est là où, selon moi, le choix de la foi est crucial.

Si la vie n’aboutit que sur le néant et la mort sur un grand trou noir, nous ne pouvons que nous accrocher désespérément à cette vie et aux plaisirs que nous pouvons glaner en chemin pendant nos quelques années sur terre. Si, au contraire, nous choisissons d’oser croire en un Créateur, un Dieu qui nous dépasse et qui nous aime, alors, tout change. Il y a un avenir fait d’espérance, possiblement dans ce monde, certainement dans l’autre. Notre monde, même dans sa folie, n’est pas semblable à une voiture dont les freins ont lâché et qui dévale une pente vers la tragédie. Certes, les choses peuvent aller plus mal avant d’aller mieux, mais il y a toujours l’attente d’un avenir avec un grand « A ». C’est l’espérance chrétienne — l’attente certaine de « nouveaux cieux » et d’une « nouvelle terre » où toutes choses seront nouvelles et bien différentes.

Comment cela nous aide-t-il à aider nos enfants à vivre aujourd’hui en se préparant pour demain ?

Je crois que ce choix de la foi peut et doit se refléter dans notre comportement quotidien. Exemples :

  • Ne pas surexposer les enfants aux nouvelles à la télé et dans les autres médias, mais ne pas les en écarter non plus. Peut-être s’informer avec eux, et observer leurs réactions pour mieux les accompagner.
  • Surveiller nos propres réactions et attitudes. Éviter ce qui reflète un sentiment de panique, de haine ou d’esprit de vengeance, mais ne pas écarter ni dissimuler notre colère et notre émotion.
  • Au moment opportun, ne serait-ce qu’en quelques mots avant le repas ou le soir, prier en famille pour ceux qui souffrent de ces situations ; pour ceux qui exercent des responsabilités.
  • Être attentif aux remarques, commentaires et questions des enfants face aux événements étalés sous leurs yeux et y répondre en toute honnêteté. Nos enfants ont besoin de savoir que nous savons que… nous ne savons pas tout, mais que cela ne nous empêche pas de vivre confiants et paisibles parce que nous savons qui tient nos vies dans le creux de sa main et aura le dernier mot.

Au temps de Jésus, les enfants étaient bien plus vulnérables que les nôtres face aux risques de maladie et à la folie des hommes. Quand on les lui apportait, il les bénissait (ce qui signifie dire, prononcer, déclarer du bien en leur faveur). Il ira jusqu’à dire : « Si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 18.2).

À nous, adultes, d’apprendre à faire une confiance aveugle et constante à Dieu, son amour et sa fidélité, comme les enfants savent compter sur leurs parents sans craindre de se voir abandonnés ou délaissés dans les temps difficiles.

Certains y verront de la naïveté. C’est plutôt une source sûre de sérénité lucide dans un monde qui en a bien besoin. Nous puisons notre courage dans notre confiance en Dieu plus qu’en toute autre chose.

« Car il est un avenir, et ton espérance ne sera pas anéantie » (Pr 23.18).

« Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance » (Jr 29.11).

 

Dominique Ourlin est pasteur au Québec depuis plus de 15 ans, avec son épouse Candy. Il est auteur de deux livres, incluant Vivre tout plus simplement, duquel cet article est tiré. Ses livres sont disponibles sur painsurleseaux.com.

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