Deuil et guérison après un avortement

« L’avortement est une perte. Il est donc naturel et approprié de vivre un deuil à la suite d’une perte. Même si une personne vit une perte par choix, il n’en demeure pas moins qu’il est nécessaire d’en faire le deuil. Parce que c’était leur « choix », plusieurs femmes ne s’accordent pas le droit de vivre leur deuil. Elles sont dans le déni et ont recours à d’autres façons de gérer cette perte. » (Lola French, PDG de l’Association canadienne des services de soutien à la grossesse, en Alberta)

 

Écrit par Louise Madill :

Lorsqu’une femme prend la décision d’avorter, c’est sans aucun doute l’une des périodes les plus stressantes de sa vie. Bien souvent, elle est jeune, sous pression et elle doit prendre une décision rapidement. De plus, les amis et la famille ont souvent des réactions très émotionnelles à l’annonce de sa grossesse. Quelques fois, du fait de ses circonstances, elle choisit de porter seule le poids de la décision.

Elle n’a souvent pas toute l’information nécessaire concernant les options pour sa grossesse, et n’est pas non plus bien informée des réalités physiques, émotionnelles et spirituelles qui font suite à un avortement. Ces facteurs combinés peuvent produire un chagrin intense et troublant qui ressurgit parfois plusieurs années après l’avortement.

Complexité du deuil suite à un avortement

Ce qui rend ce deuil particulièrement difficile, ce sont les circonstances entourant la procédure d’avortement. Puisque la société et le corps médical cautionnent l’avortement, celui-ci est présenté comme une procédure simple et sans risque. Par conséquent, les femmes ne sont pas préparées au choc émotionnel qui s’en suit. L’intensité du deuil est directement proportionnelle au degré d’intimité développé avec le bébé, au niveau de déchirement dans sa prise de décision, et si elle a dû garder l’avortement secret ou pas – le secret augmentant son sentiment de honte.

Plusieurs femmes essaient de continuer leur vie comme si rien ne s’était passé, tentant d’étouffer les sentiments douloureux jusqu’à ce qu’ils remontent à la surface, parfois des années plus tard. Ces sentiments sont souvent déclenchés par des circonstances actuelles qui ramènent les femmes instantanément à la douleur non résolue. C’est ce qu’on appelle le traumatisme post-avortement.

Essayer de passer à autre chose

Chaque fois que nous sommes incapables de gérer une perte dans nos vies, nous tentons d’en minimiser l’importance afin de pouvoir passer à autre chose. Les femmes ayant subi un avortement ressentent le deuil, mais ne savent pas comment le gérer. Elles compensent donc de diverses manières. Leur interprétation de ce qu’est l’avortement peut aussi changer avec le temps. Lorsqu’elles commencent à reconnaître consciemment le deuil que l’avortement a provoqué, des sentiments enfouis depuis longtemps refont surface. Déconcertées et sans soutien pour y faire face, elles font tout ce qu’elles peuvent pour faire taire ces sentiments.

Les symptômes du « syndrome post-avortement »

Le syndrome post-avortement est un ensemble de symptômes qu’expérimentent certaines femmes suite à un avortement, lorsque le processus de deuil est contrecarré ou différé. Étant donné que de nombreuses femmes ayant subi un avortement utilisent le refoulement comme mécanisme d’adaptation, le deuil est généralement retardé. Pendant ce temps, les sentiments de détresse non reconnus font surface dans d’autres domaines de leur vie.

Ces femmes se plaignent, entre autres, de troubles du sommeil, de douleurs vaginales et abdominales, de réactions disproportionnées lors d’un événement stressant, d’un sentiment d’hypervigilance constant, de crises d’anxiété, d’explosions de colère, de cynisme, de dépression ou de négativité. Elles peuvent avoir des « flashbacks » de l’avortement, des rêves troublants sur les bébés en général ou des pensées obsessionnelles intrusives concernant les avortements ou les bébés. Au fil des ans, elles peuvent présenter des symptômes récurrents de détresse émotionnelle à la date anniversaire de l’avortement ou à la date prévue de l’accouchement.

Évitement et isolement

Sans le savoir, les femmes ont tendance à éviter toute situation qui déclenche leur sentiment de détresse. Elles peuvent progressivement éviter leurs amies enceintes, les jeunes enfants, ou les fêtes données à l’occasion d’une naissance. À l’inverse, elles peuvent devenir obsédées par le fait de tomber enceintes, de défendre la cause des enfants ou de travailler avec de jeunes enfants pour compenser.

Les femmes peuvent s’abstenir d’entretenir une relation avec un homme pour éviter de ressentir des émotions et de tomber enceintes. À l’inverse, elles peuvent commencer à vivre dans la promiscuité sexuelle en réaction à la honte qu’elles ressentent. Elles peuvent sombrer dans d’alcool ou dans la drogue et se refuser d’être heureuses ou de vivre des expériences positives, dans le but de s’autopunir. Elles peuvent rejeter toute relation avec Dieu, croyant qu’il ne voudrait rien avoir à faire avec elles, ou qu’elles ne méritent pas d’avoir une relation avec lui. Certaines femmes développent une profonde méfiance et de la colère envers les hommes et éprouvent donc des problèmes relationnels chroniques après un avortement. Certaines envisagent le suicide ou tentent de passer à l’acte.

Les étapes du deuil

Il arrive que ces symptômes de crise finissent par inciter une femme à chercher de l’aide. Pour la femme qui est prête à faire face à un avortement passé et qui l’interprète comme le deuil de la perte d’un enfant, la guérison passe par plusieurs étapes. Ce sont les étapes du deuil, qui requièrent un investissement actif de la part de la personne endeuillée. Dans la guérison émotionnelle post-avortement, les femmes identifient les façons dont elles ont nié leur douleur, de quelles manières elles se sont engagées dans le marchandage afin d’amoindrir leur chagrin, et vers qui ou quoi leur colère s’est-elle dirigée. Elles examinent également comment la dépression s’est invitée dans leur vie, comment elles ont manifesté leur honte et leur culpabilité, et enfin, comment elles aimeraient exprimer l’acceptation de leur bébé et honorer la vie perdue.

  • Déni

Pour pouvoir continuer à nier l’importance de son avortement et de sa douleur, une femme peut employer de nombreuses stratégies d’évitement. Elle peut en venir à être incapable de maintenir une intimité émotionnelle dans ses relations. Au fil du temps, son déni nécessite de plus en plus d’énergie émotionnelle pour empêcher sa conscience et ses sentiments faire surface. Il arrive qu’une crise quelconque finisse par éclater, durant laquelle elle devient incapable de contenir ses sentiments.

  • Colère

Une femme sort de son déni lorsqu’elle commence à mettre des mots précis sur ce qui a été avorté, ainsi qu’à définir la relation qu’elle avait avec cet enfant, ses espoirs et ses rêves pour lui. Lorsque l’engourdissement que produit le déni s’amenuise, la colère se tourne vers quiconque a été impliqué dans l’avortement. Son partenaire, ses parents, ses amis, sa famille et les professionnels de la santé deviennent des cibles lorsqu’elle commence à faire face à sa peine. La colère envers elle-même commence à être identifiée et la douleur qui la tenaille est dirigée vers Dieu (qui ne l’a pas arrêtée dans son geste) ou vers le bébé, pour avoir été conçu.

  • Marchandage

Lorsque l’engourdissement du déni a disparu, que ses sentiments profonds font surface et que la colère semble incontrôlable, une femme a souvent recours au marchandage pour gérer la douleur et la culpabilité. Elle peut essayer de combler sa perte en concevant un autre enfant. Elle peut essayer d’être une super-maman pour tous ses enfants ou avoir des attentes irréalistes quant à ses relations avec les enfants de ses amis. Elle peut rejoindre le mouvement pro-vie, ou au contraire, ne s’autoriser qu’une existence terne et très peu de bonheur, comme un moyen de se racheter. Mais lorsqu’elle se rend compte que la négociation sous quelque forme que ce soit ne fonctionne pas, la dépression s’installe.

  • Dépression

Lorsqu’une femme commence à identifier son deuil, parler de son avortement devient un moyen de sortir de la dépression. En parlant avec un psychologue, elle peut commencer à reconnaître les sentiments enfouis et niés. La tristesse commence alors à s’atténuer et elle se sent plus dégagée.

  • Culpabilité et honte

Le piège qui maintient ces femmes coincées dans la dépression est la logique qui dit : « Parce que j’ai fait une mauvaise chose, je suis une mauvaise personne. » Les femmes qui font face à ce sentiment n’ont aucun espoir sans le pardon de Dieu en Christ. Jusqu’à ce qu’elles reçoivent ce pardon, elles s’accrochent à leur culpabilité et à leur honte et essaient de se punir et d’expier le choix qu’elles ont fait. En recevant le pardon de Dieu, elles peuvent commencer à se pardonner à elles-mêmes.

  • Acceptation

L’étape de l’acceptation est caractérisée par l’honnêteté, la liberté et l’espoir. Ces femmes en sont venues à reconnaître que l’avortement a mis fin à la vie de leur enfant. Elles l’assument et ne sont plus englouties dans leurs sentiments de culpabilité et de chagrin et peuvent s’attendre avec impatience à retrouver leur enfant au paradis. Elles sont libres de poursuivre leur route, de vivre sans secrets, de donner et de recevoir au sein de leurs relations, et libres de refuser de laisser leur passé définir leur avenir.

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