La signification du mercredi des Cendres

La poussière ne se fait plus aucun souci.

Écrit par Jeremy Favreau

Le 10 février 2016, c’est le mercredi des Cendres : la journée qui inaugure le carême. C’est une journée mise à part pour commémorer la mortalité et la faiblesse des êtres humains. Quoi de plus festif ?

C’est pourtant une fête que j’aime bien. Suis-je gothique, maso, ou simplement bizarre ? Non, en fait si j’aime cette journée, c’est parce qu’il se cache derrière les cendres quelque chose d’étonnamment libérateur…

Il y a quelques années, j’ai assisté à un service religieux qui m’a un peu pris par surprise. Pendant le culte, on m’a invité à m’avancer pour me faire apposer une petite croix en cendre sur le front, et me faire dire ces mots des plus réconfortants : « Oui, tu es poussière et à cette poussière tu retourneras. » (Genèse 3.19)

Une fois de retour à mon siège, on me laissa à moi-même. Ni prédication ni chants, mise à part une douce musique d’ambiance. Si des gens se parlaient, c’étaient par de brefs chuchotements. Les seules expériences de ce genre que je connaissais étaient mes rares visites à des salons funéraires. Et pour une bonne raison : dans les deux cas, c’était la mort qui nous avait rassemblés.

Cependant, assis sur ma chaise, seul et silencieux, je me suis rendu compte d’une chose intéressante : j’étais bien. Inconfortable au début, et ne désirant rien de plus que de m’enfuir de la pièce pour me changer les idées, j’ai commencé à réaliser à quel point le fait de m’arrêter m’avait manqué.

Le fait de cesser mes activités et de songer à mon inévitable mortalité produisit alors en moi quelque chose de contrintuitif, mais combien soulageant : mes soucis perdirent leur emprise.

C’était comme si le poids de mes attentes envers moi-même s’amoindrissait à chaque instant. Le fait de constater ma mort incontournable me libéra, bien que pour un instant, du stress de faire quelque chose de ma vie. Je réalisai que je n’avais pas été créé pour faire, mais pour être. Je n’étais qu’un amas de poussière, pour une période très limitée bénéficiant d’un corps, mais qui serait bientôt de nouveau livré au sol et dispersé par le vent.

Cette sensibilité ne dura que quelques heures, et je me retrouvai de nouveau en proie à l’irritation, au stress et au découragement. De nouveau affecté par tout ce qui n’allait pas selon mes plans pour ma vie. Mais mon expérience me laissa une impression durable. J’avais découvert à travers elle quelque chose d’essentiel pour la santé de mon âme.

C’est presque drôle de considérer un tas de poussière s’en faire pour son avenir, pour son apparence ou ses finances. Mais c’est pourtant ce qui nous arrive continuellement. Nous nous comparons les uns aux autres, nous convoitons les biens d’un autre, nous envions la vie que semble mener un autre. Nous vivons comme si le but de l’existence c’était de se prouver meilleur que notre prochain et d’accumuler le plus grand nombre de jouets possible. Sans jamais pourtant se l’avouer.

Le mercredi des Cendres marque le commencement de 40 jours de pénitence pendant lesquels nous sommes conviés à l’austérité, au jeûne, et à méditer sur les souffrances de Jésus pour notre rédemption. Cette période que nous appelons carême a pour but de nous préparer pour vivre une expérience profonde avec Jésus, en célébrant sa mort et sa résurrection à Pâques, quelques semaines plus tard.

Cette préparation se fait en s’examinant soi-même, afin de reconnaître la mesure réelle de notre besoin. Nous nous arrêtons pour réfléchir à notre mort incontournable, et pour réfléchir aux effets du péché sur notre personne et sur nos relations. Nous confessons nos péchés, nous nous privons volontairement des conforts qui nous aident à les ignorer, et nous nous repentons de notre dureté de cœur envers Dieu et sa volonté.

Et le tout commence par le silence, l’arrêt, la recherche de la solitude et la réflexion. Peu de gens, aujourd’hui, sont à l’aise avec ces choses-là. Même la culture chrétienne dans beaucoup de milieux n’a que peu d’estime pour ces pratiques qui sont difficilement réconciliables avec les grands projets et objectifs que nous nous fixonsMais notre activité frénétique doit un jour cesser, et bienheureux sont ceux qui cultivent dès maintenant la discipline de s’arrêter pour considérer la fin de leur vie terrestre. Nous n’acquérons la sagesse nécessaire à bien vivre que si nous apprenons à compter nos jours (Psaume 90).

C’est lors de tels moments d’arrêt, de silence et de réflexion que nous venons souvent à bout de nous-mêmes. C’est là que nous voyons la futilité de nos prétextes, que nous réalisons la profondeur de notre besoin et que nous prenons la décision ferme de chercher de l’aide afin de guérir.

Nous ne sommes que poussière, mais une poussière oh combien précieuse aux yeux de notre Père céleste ! Que vous receviez les cendres sur votre front ce mercredi ou non, je vous invite à réfléchir sur la nature éphémère de la vie et sur ce qui comptera vraiment pour vous à la fin de vos jours.

Arrêtez-vous, coupez-vous du bruit ambiant et des demandes incessantes pendant quelques minutes ou quelques heures. Écoutez le Saint-Esprit qui vous parle. Laissez-le vous convaincre de péchés à confesser, et vous chuchoter à l’oreille combien vous êtes aimé.

Pâques, c’est la célébration de la résurrection de Jésus et de notre vie nouvelle en Lui. Le carême, c’est la période de préparation avant Pâques pendant laquelle nous laissons aller tout ce qui appartient encore à notre vielle nature qui se meurt. Nous n’avons plus aucun besoin de vivre comme des esclaves de la performance, de nous soucier constamment de nos succès et de nos manquements. Reconnaître que nous ne sommes que poussière nous libère du besoin d’être à la hauteur. Nous ne le sommes pas. Pourquoi donc s’en faire ?


Idées pour le mercredi des Cendres 

  • Ce mercredi soir, avant de commencer le souper, lisez en famille le psaume 90 (chacun lit un verset.)
  • Pendant le repas, posez-vous ensemble les questions suivantes, en laissant chacun former librement sa réflexion et donner sa réponse :
    • Qu’est-ce que cela veut dire de « bien compter nos jours » ?
    • Combien de temps sur terre nous reste-t-il chacun à vivre, au maximum ?
    • Quelles sont les choses qui perdent de leur importance quand nous pensons que notre vie terrestre est courte ?
    • Comment revivriez-vous cette journée qui vient de passer si vous appreniez que c’était votre dernière ?
  • Lisez ensemble le psaume 139:13-18 avant de quitter la table, et permettez à chacun de répondre à la question suivante :
    • Que penses-tu que Dieu ressent, lorsqu’il pense à toi ? Qu’aimerais-t-Il te dire ?
  • Une fois vos enfants couchés, rendez-vous dans une pièce où vous pouvez être seul avec Dieu pendant une demi-heure.
    • Commencez votre temps avec Dieu en relisant le psaume 139.
    • Puis demandez à Dieu de vous montrer vos péchés et confessez-Lui les péchés qui vous viendront à l’esprit.
    • Demandez ensuite à Dieu de vous montrer combien Il vous aime. Pendant le temps qu’il vous reste, laissez alors le Saint-Esprit faire naître dans votre esprit toutes les manières dont votre Père céleste vous chérit.

Jeremy Favreau vit à Montréal avec son épouse Selene et leurs trois garçons. Formé en lettres et en théologie, il a travaillé dans le milieu des OBNL chrétiens pendant plusieurs années. Aujourd’hui, Jeremy se concentre sur les questions d’équité, de diversité et d’inclusion, et sur comment Dieu transforme intégralement les individus et les systèmes.

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