La pornographie et votre mariage
Écrit par John Buri
Joe était affolé. Il était revenu chez lui un après-midi après son travail et il avait trouvé la plupart de ses affaires sur la pelouse devant sa maison. Son épouse depuis 12 ans, Jeanne, les y avait jetées et s’était enfermée chez elle. Joe, un ancien étudiant auquel je n’avais plus parlé depuis six ans, m’a appelé à l’aide. En discutant au téléphone, il m’a appris ce qui s’était passé.
Le week-end précédent, la mère de Jeanne était venue les voir. Elle était conseillère conjugale et elle avait expliqué qu’elle voyait de multiples couples dont le mariage était mis à mal par la pornographie. Elle expliqua que les hommes qui s’adonnaient à la pornographie étaient de plus en plus mécontents du physique de leur épouse, qu’ils devenaient distants envers elle et que leurs relations sexuelles étaient épisodiques et insatisfaisantes.
Après le départ de sa mère, Jeanne dit à Joe qu’il fallait qu’ils parlent. Les symptômes que la mère de Jeanne avait mentionnés semblaient correspondre exactement à leur situation. Joe tenta vainement de nier sa dépendance à la pornographie, mais Jeanne insista tant qu’il finit par reconnaître les faits. Cette nuit-là, ils firent chambre à part.
Jeanne informa Joe qu’il pouvait dormir avec son ordinateur ! Le lendemain, en rentrant chez lui, il trouva la porte verrouillée.
Ce n’est pas seulement un péché privé
En parlant avec Joe, je constatai qu’il était stupéfait des ravages causés par la pornographie. Comme il le dit lui-même : « Je suppose qu’au fond, je savais que j’avais tort, mais je me répétais que je ne faisais du mal à personne, ou du moins à nul autre qu’à moi. Maintenant, je commence à comprendre que mon amour, mon respect et mon affection pour Jeanne ont disparu peu à peu. »
Comme Joe, beaucoup d’hommes croient que regarder des photos et des films pornographiques est, au pire, un péché privé dont les conséquences n’affectent qu’eux. Mais Joe a découvert à ses dépens qu’en fait, ce péché nuit à la plus intime des relations, le mariage.
L’effet de contraste
Les premières recherches dans ce domaine ont commencé à la fin des années soixante-dix. Des chercheurs ont montré à des hommes des photos et des films de superbes créatures, puis ils leur ont demandé de juger de l’attrait d’autres femmes. Après avoir vu ces images, les hommes ont porté un jugement beaucoup plus critique sur ces dernières. On a appelé cela « l’effet de contraste ».
Des recherches plus approfondies à ce sujet ont été basées sur des photos de femmes séduisantes et sur des photos érotiques. Les chercheurs ont prouvé qu’après une exposition répétée à ce spectacle, les hommes trouvaient leur épouse moins satisfaisante, moins attirante et moins désirable. Ils ont aussi avoué éprouver moins d’amour et moins de complicité à son égard.
Il y a encore huit ans, dans les études sur le mariage, on a observé un phénomène parmi les couples : « Deux revenus, pas de sexe » (DINS). Cela s’applique aux conjoints mariés qui travaillent tous deux à l’extérieur et n’ont des rapports sexuels qu’une fois par mois ou moins. Près de 20 pour cent des couples mariés américains entrent dans cette catégorie.
Au départ, les sociologues ont expliqué que les couples DINS étaient simplement trop fatigués pour avoir des rapports sexuels, mais cette explication me semble inexacte. Comment de jeunes gens en bonne santé peuvent-ils être perpétuellement trop exténués pour avoir des relations intimes ? Des recherches plus poussées ont confirmé mes soupçons : beaucoup de ces hommes assouvissent leurs besoins sexuels d’une façon qui ne met pas en jeu leur épouse.
Des effets dégradants
Il y a plusieurs années, dans le cadre d’une conférence à Minneapolis, une femme de l’auditoire m’a posé une question personnelle. Elle a dit que son mari s’adonnait à la pornographie et qu’au cours des années précédentes, il s’était mis à critiquer son apparence et ses capacités sexuelles. Elle voulait savoir si les réactions de son mari pouvaient être liées à la pornographie.
Alors que cette jeune femme me parlait, deux faits m’ont frappé. Premièrement, en toute objectivité, elle était séduisante. Et deuxièmement, elle devait être désespérée ; après tout, elle avait posé cette question très intime dans une salle pleine d’inconnus ! Cela m’a amené à me demander combien d’autres femmes subissaient les effets dégradants de la pornographie.
Chercher de l’aide
J’ai de bonnes nouvelles à vous apprendre sur Joe et sa femme. Joe a cherché l’aide d’un psychologue spécialisé dans les tentations sexuelles masculines, et il ne s’adonne plus à la pornographie depuis plus de cinq ans. Jeanne et lui ont tout fait pour redevenir des amis et des amants, et comme on peut s’y attendre, ils forment un couple épanoui.
John Buri est professeur du département de psychologie à l’université de St Thomas à Saint-Paul, dans le Minnesota.
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