L’importance d’une approche saine du conflit dans le couple
Écrit par Dr Greg Smalley, psychologue et Erin Smalley
Que se passe-t-il quand votre époux(se) appuie sur vos cordes sensibles ?
Dans un mariage, le conflit est inévitable, mais il n’est pas forcément mauvais pour le couple si l’on parvient à l’aborder de manière saine. Malheureusement, le vieil adage « plus facile à dire qu’à faire » s’applique ici plus que jamais. En d’autres termes, il est assez facile de dire que le conflit peut être bénéfique pour notre mariage (cela a du sens sur le plan théorique), mais, concrètement, passer d’une dispute à établir un lien n’a rien de simple.
C’est une leçon qu’Erin et moi avons apprise il y a quelques années, alors que nous participions à un séminaire sur le mariage à Tokyo, au Japon.
Le sanctuaire Meiji
Nous avions choisi d’arriver quelques jours plus tôt pour pouvoir faire un peu de tourisme avant la conférence. C’était moi (Greg) le planificateur en chef, et j’avais acheté un guide très bien écrit sur les lieux à visiter absolument à Tokyo. L’une des attractions touristiques les plus populaires était un très beau parc, au milieu duquel se trouvait un temple appelé Meiji-Jingu. Il se situe au cœur d’une forêt dense de presque 70 hectares. On y trouve plusieurs étangs, de vieux ponts et de nombreux chemins qui serpentent à travers le parc. Pour préparer notre journée de promenade, j’avais étudié avec soin le meilleur itinéraire pour nous y rendre à pied depuis notre hôtel, ainsi que les chemins à emprunter dans le parc pour admirer les sites les plus intéressants. J’avais la tête pleine de toutes les informations que j’avais accumulées et je pouvais dire que j’avais tout planifié à la perfection.
Le problème, c’est qu’il nous a fallu un bon moment pour atteindre le parc, car je me suis trompé de direction plusieurs fois. Devant la grille d’entrée du parc, nous étions déjà épuisés. Dès le début du sentier, nous sommes arrivés devant un embranchement. J’avais prévu de prendre la route la plus longue, qui menait à un magnifique pont perché au-dessus d’un vaste étang. Parfait pour prendre des photos en famille !
Mais devant l’embranchement, Erin et Murphy, notre fille de 17 ans, ont voulu prendre le chemin le plus court, car nous avions déjà beaucoup marché. Plutôt que de me suivre lorsque j’ai emprunté le chemin que j’avais établi, elles se sont donc tournées vers l’autre direction.
« Vous vous trompez de chemin, leur ai-je expliqué.
Elles m’ont répondu en chœur :
– On est fatiguées, cette route a l’air plus courte.
– Mais ce chemin est bien plus pittoresque ! J’avais prévu qu’on fasse des photos ensemble près du grand étang.
– On est épuisées, a insisté Erin.
– Comme vous voulez, on prend votre chemin ! » ai-je dit sèchement. Et je me suis engagé sur leur chemin, furieux.
Je pense qu’elles ont toutes les deux été plutôt surprises par ma réaction. Quand elles ont compris à quel point je tenais à prendre le long chemin, elles sont parties de l’autre côté, de mon côté ! Mais j’avais déjà disparu, avançant sans jeter un regard en arrière, tant j’étais énervé contre elles.
Je me souviens avoir jeté un regard à ma femme et à ma fille en me disant qu’elles allaient finir par faire demi-tour et me suivre. Je suis certain qu’elles ont pensé la même chose à mon sujet : « Greg ne va pas nous laisser comme cela, sur un simple coup de colère. »
Malheureusement, ma femme et ma fille avaient profondément sous-estimé ma capacité d’obstination.
Quand j’ai vu qu’elles ne me suivaient pas, cela m’a vraiment mis en colère et j’ai pensé leur « donner une leçon ». Je savais, ayant étudié la carte, que les deux chemins allaient finir par se rejoindre. Je me suis dit que j’allais parcourir en boudant le chemin court. Quand je retrouverais les filles, elles imploreraient sûrement mon pardon à genoux. Il faut se rappeler que je me considérais encore comme la victime dans cette histoire !
Mon nouveau plan semblait parfait, sauf que, lorsque j’ai atteint l’endroit où je pensais les retrouver, elles n’y étaient pas. Après les avoir attendues un petit moment, j’ai enfin réalisé la gravité de la situation : ma femme et ma fille étaient perdues au beau milieu d’un pays étranger, sans argent, ni la moindre idée de l’endroit où elles se trouvaient. J’allais avoir de sérieux problèmes !
Avant de vous expliquer comment ce conflit a pu trouver une issue heureuse, une résolution permettant un niveau de lien et d’intimité plus profond, je veux vous éclairer sur un élément essentiel concernant le conflit. Comme dans cette histoire, quand on se dispute, c’est rarement pour les raisons ou les sujets qui sont évoqués (que ce soit l’argent, les tâches ménagères, les enfants, le sexe, le travail ou autre chose). Ces problèmes superficiels peuvent donner l’impression qu’ils sont au cœur du conflit, mais ce n’est qu’une illusion. Ce qui se passe en réalité, c’est que l’une de vos cordes sensibles a été touchée. Je suis sûr que vous avez déjà entendu cette expression : « Elle a le chic pour frapper là où cela fait mal » ou bien « Il fait exprès d’appuyer sur mes points sensibles ». Quand vous vous disputez, c’est comme si ces points sensibles devenaient de gigantesques cibles qu’il devient facile de viser. Nous en avons tous.
Un auteur le décrit ainsi :
Tout le monde a des « points sensibles ». Ce sont les points douloureux qui sont particulièrement à vif, les éléments qui déclenchent chez vous irritation, colère ou réaction de souffrance. Vos points sensibles sont titillés par certains événements ou circonstances précises, et en général, cela dirige (plus ou moins malgré vous) le comportement que vous allez adopter à cet instant. Ils sont également porteurs d’une charge émotionnelle importante lorsqu’ils sont réveillés, ce qui explique que vos réactions soient extrêmes et émotives. Il n’y a rien de rationnel ni de réfléchi dans une réaction à une pression sur un point sensible. C’est purement émotionnel. Il est facile de se rendre compte qu’on a agi sous une telle influence lorsque l’on regrette ce que l’on a dit ou fait après coup. Les mots nous ont échappé, on a tourné les talons sans réfléchir et l’on a claqué la porte… Mais la réflexion ne vient qu’a posteriori. Sur le coup, on n’avait pas l’impression d’avoir le choix : un point sensible avait été touché. –– Adrian Sheperd, Lifehack.com.
Points sensibles, sentiments et réactions
Nos points sensibles sont en réalité des émotions profondément ancrées, souvent liées à des blessures d’enfance dont nous n’avons pas toujours conscience. Il ne s’agit pas d’émotions « simples », comme la colère, l’inquiétude, la jalousie, l’ennui ou l’épuisement. Les points sensibles sont des croyances intimes, des blessures anciennes qui influencent nos réactions bien plus que nous ne le réalisons. En voici quelques exemples :
- Je ne suis pas aimé(e)
- Je ne suis pas respecté(e)
- Je me sens rejeté(e)
- J’ai échoué
- Je sens qu’on veut me contrôler
- Je me sens abandonné(e)
- Je ne me sens pas à ma place
Ces points sensibles, qui déclenchent des émotions négatives, trouvent souvent leur origine dans des mensonges qui se sont ancrés en nous. Comme le dit la Bible, « Satan est le père du mensonge » (Jean 8.44). Une fois qu’un mensonge s’installe dans notre cœur, il devient une croyance profonde. La Bible en parle en ces termes en Proverbes 23.7 : « Car il [l’homme] est comme les pensées de son cœur » (version Segond 1910). Ces mensonges sont amplifiés par nos tendances naturelles : notre péché et notre égoïsme. Ils altèrent notre vision de nous-mêmes et nos relations avec les autres. Comme le souligne Shad Helmstetter : « Année après année, mot après mot, le texte de nos vies s’écrit. Nous croyons ce que les autres nous disent et ce que nous nous répétons à nous-mêmes. La répétition finit par avoir une vraie force de conviction. Avec le temps, nous devenons ce que nous croyons le plus à notre sujet. »
Lorsque ces mensonges resurgissent au cours d’un conflit avec votre époux ou votre épouse, prenez un moment pour vous arrêter. Souvenez-vous : le vrai problème n’est pas l’argent, les tâches ménagères ou les beaux-parents. Le cœur du conflit réside dans le fait que vos émotions les plus sensibles ont été touchées et déclenchées. C’est pourquoi nous nous trompons souvent sur les raisons de nos disputes. Nous nous concentrons sur le sujet apparent (l’argent, par exemple) sans voir la blessure sous-jacente (« J’ai l’impression que tu ne me respectes pas »). Dès qu’un point sensible est touché, notre cœur se referme instantanément.
Voici une illustration pour vous aider à comprendre ce qui se passe lorsque votre cœur se referme. Avez-vous déjà observé un cloporte ? Ces petites bêtes grises qui se roulent en boule dès qu’on les touche ? Imaginez que votre cœur est un cloporte. Lorsqu’une émotion douloureuse nous frappe, notre cœur se referme et se contracte, comme un cloporte qui se protège. On ne peut pas forcer un cloporte à se détendre sans le blesser. Il en va de même pour notre cœur — ou celui de notre époux ou épouse. On ne peut pas l’ouvrir de force. Avec le temps, si un couple continue à s’enfermer dans des conflits malsains, leurs cœurs risquent de s’endurcir et de rester fermés. Un cœur dur combiné à des tensions persistantes peut tout à fait mettre fin à un mariage.
Que vous le réalisiez ou non, les conflits malsains suivent souvent un schéma prédictible. Une sorte de cycle. Nous appelons cela le cycle réactif.
Lorsque nous sommes émotionnellement dérangés (que nos points sensibles sont touchés) et que nos cœurs se ferment, nous sommes capables de dire ou de faire toutes sortes de choses (réactions). Chaque action correspond soit à une réaction de « lutte » ou de « fuite ». (Dans certains cas, les gens peuvent aussi choisir une réaction différente qu’on qualifie de « blocage ».)
Réaction de lutte ou de fuite
Avez-vous tendance à vous dresser contre l’autre quand il vient titiller vos points sensibles ? Les « lutteurs » s’adressent directement à leur moitié pour les convaincre d’une manière ou d’une autre. Ils ne reculent pas et ne gardent pas le silence. Ils préfèrent confronter leur époux ou épouse, quitte à les suivre partout dans la maison. Ils peuvent même se mettre en colère, se montrer critiques ou sarcastiques, crier ou faire une crise. Proverbe 14.17 nous donne un portrait réel, mais assez peu flatteur du lutteur : « Celui qui est prompt à la colère fait des sottises » (version Segond 1910). C’est presque comme si le lutteur se disait : « Puisque nous n’allons pas réussir à nous retrouver sur le plan relationnel, autant que je gagne cette dispute. » Résultat : les lutteurs passent l’essentiel de leur temps à défendre leur point de vue. Le problème avec ce mode d’interaction, c’est qu’il renvoie toujours le même message : « Je ne suis pas une personne considérée sûre pour que tu puisses avoir une interaction profonde et vraie avec moi. »
D’un autre côté, les « fuyants » font tout l’inverse. Ils se détachent émotionnellement. On fuit lorsqu’on évite le conflit ou que l’on se retire dès que la conversation devient difficile. Le trait de caractère le plus marqué d’un fuyant est sa réticence à s’engager dans un quelconque désaccord (évitement) ou à rester présent lors d’une conversation importante (retrait). Il ne veut surtout pas « faire de vagues » et préfère rester le plus discret possible ou garder ses distances. Le retrait peut se faire de manière aussi claire que de sortir de la pièce ou aussi subtile que de rester là tout en étant absent émotionnellement. Un fuyant peut se retirer en ne disant plus rien ou en acceptant très vite la solution proposée pour mettre fin à la discussion, sachant qu’il n’a aucune intention de reprendre un jour cette conversation. Ce n’est pas qu’il ne parle pas ou n’interagit pas, seulement, il évite les sujets sensibles, fait tout son possible pour minimiser les conflits et croit qu’il y a peu à gagner à s’énerver. Sa devise est : « Détends-toi, les problèmes se règlent souvent par eux-mêmes ». Lorsqu’il est en phase d’évitement, il peut se servir d’expression telle que : « on ne se mettra pas d’accord, restons-en là, » ce qui lui permet d’éviter les conversations qui risquent de se terminer en conflit. La personne qui choisit de fuir et de se désengager envoie toujours le même message : « Je m’éloigne de toutes interactions profondes et vraies avec toi. »
Lutteurs, fuyants, cloportes et points sensibles
Pour résumer, les conflits malsains surviennent lorsque :
- On touche à vos points sensibles.
- Votre cœur se ferme.
- Vous basculez en mode « réaction » (lutter ou fuir).
Le résultat est que vous ne pouvez pas tenir une conversation saine. Repensez au cycle réactif.
Rien de bon ne sort jamais d’un cycle malsain. Il peut signer l’arrêt de mort de votre mariage. L’amour est patient, plein de bonté et humble. Un cœur fermé est rempli de réactions négatives qui séparent un couple. Malheureusement, quand votre cœur est fermé, l’amour de Dieu ne peut plus circuler entre vous et votre femme ou votre mari. C’est la situation exacte que désire Satan pour vous : sans amour, détaché et isolé. C’est la raison pour laquelle 1 Pierre 5.8 nous avertit : « Soyez sobres, restez vigilants : votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. »
Satan, votre ennemi, veut vous dévorer, ainsi que votre mariage. Tout ce dont il a besoin, c’est un point d’appui. Ceux-ci apparaissent lorsque des disputes éclatent dans le couple. La Bible nous indique comment éviter de créer ce genre de point d’appui en Éphésiens 4.26-27 : « Si vous vous mettez en colère, ne péchez pas. Que le soleil ne se couche pas sur votre colère et ne laissez aucune place au diable. » Alors, plutôt que de rester en mode « réaction » quand vous faites face au conflit, servez-vous de ce désaccord pour vous frayer un chemin avec votre moitié vers plus d’intimité. Nous allons vous expliquer comment.
Passez le test du « cycle réactif »
- Passez le test sur ReactiveCycle.com
- Faites le schéma de votre style de conflit personnel.
- Prenez le temps de vous asseoir ensemble et posez-vous ces questions :
- Comment était géré le conflit chez vous quand vous étiez enfant ?
- Quels mensonges ont été inscrits dans votre cœur ?
- Quels sont vos deux ou trois points sensibles les plus importants ?
- Comment compléteriez-vous cette phrase :
Parfois, quand j’ai le sentiment [point sensible], je [réaction], mais ce que je veux réellement, c’est me sentir [désir].
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