Enseigner la maîtrise de soi à ses enfants

5 exercices pour aider vos enfants à prendre de bonnes décisions.

Écrit par Todd Cartmell

« Liam, arrête d’embêter le chien ! »
« Olivia, tu n’as toujours pas fini tes devoirs ? Mais qu’est-ce que tu fabriques ? »
« Florence, je t’avais pourtant dit de ne pas reprendre de gâteau ! »

Si nous, les parents, recevions cinq sous chaque fois que nous devons rappeler à nos enfants d’arrêter de se disputer ou de ranger leurs jouets, nous serions sans doute tous en train de nous prélasser sur une plage tropicale en ce moment même. Pourquoi nos enfants ont-ils sans cesse besoin de faire des caprices, de taper, de crier, de se plaindre ou de remettre à plus tard ce qu’on leur demande de faire ?
Parce que même s’ils sont formidables, nos enfants ne font pas toujours preuve d’une grande maîtrise d’eux-mêmes.

L’importance de la maîtrise de soi

La maîtrise de soi, pour le dire autrement, c’est la capacité de votre enfant à réfléchir avant d’agir. Ce qui lui permet de faire le bon choix dans une situation donnée ; comme choisir de ne pas se disputer pour un jeu vidéo ou de ne pas taper sa sœur. La maîtrise de soi, c’est également la capacité à poursuivre le but que l’on s’est fixé même lorsque l’on est tenté de s’en éloigner, en continuant par exemple à faire ses devoirs quand les réseaux sociaux sont à portée de main.

Acquérir la maîtrise de soi, c’est le défi de toute une vie, qui peut être grandement facilité si de bonnes habitudes ont été établies pendant l’enfance. Le psychologue social et professeur d’université Walter Mischel a établi que les enfants qui avaient une plus grande maîtrise d’eux-mêmes à l’âge de 4 ans avaient ensuite de meilleures notes, jouissaient d’une plus grande popularité auprès de leurs camarades et de leurs professeurs, étaient moins susceptibles de prendre des drogues et gagnaient plus d’argent une fois adultes.

Il est important de noter que l’un des facteurs déterminants dans le succès de ces enfants est leur maîtrise d’eux-mêmes et non leur estime d’eux-mêmes. Le problème lorsque nous disons à nos enfants qu’ils sont des gagnants et des champions avant qu’ils n’aient eu la chance de faire leurs preuves, c’est que nous encourageons alors en eux un sens faussé de la réussite. La maîtrise de soi, par contre, mène à faire de bons choix, et les bons choix sont la fondation sur laquelle une estime de soi saine peut être bâtie. Un enfant qui fait preuve de maîtrise de soi dans ses choix concernant ses devoirs, ses relations familiales, ses amitiés et ses activités parascolaires aura également une bonne estime de lui-même.

C’est concluant : la maîtrise de soi est une bonne chose, et pas seulement selon les experts.

La Bible et la maîtrise de soi

Le livre des Proverbes vante les mérites de la maîtrise de soi en nous encourageant à rechercher la sagesse et l’intelligence, et à contrôler nos actions et nos paroles de manière intentionnelle. Voici un petit échantillon de la sagesse contenue dans ce livre :
« Celui qui agit avec nonchalance s’appauvrit, mais la main des personnes actives est source de richesse. » (Proverbe 10.4)
« Si tu trouves du miel, n’en mange pas trop! Tu risquerais d’être saturé et de le vomir. » (Proverbe 25.16)
« L’homme stupide affiche toute sa passion, tandis que le sage y met un frein. » (Proverbe 29.11)
Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul inclut la maîtrise de soi dans une liste de qualités que Dieu veut faire croître en nous :
« Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi. » (Galates 5.22-23)

Le défi de toute une vie

La maîtrise de soi est une qualité qui se développe avec le temps. Elle est semblable à un muscle qui se fortifie plus on le sollicite. De la même manière que l’on passe des heures dans une salle de sport, la maîtrise de soi nécessite un entraînement régulier. Nous devons tous, moi y compris, la solliciter régulièrement si nous souhaitons pouvoir nous en servir lorsque nous en aurons besoin.

Prenons l’exemple d’un homme qui se retrouve seul à la maison pour la soirée et qui avait prévu de rattraper un peu de retard dans son travail, mais qui découvre « par hasard » que son film préféré passe justement ce soir-là à la télévision. 96 % des hommes choisiront non seulement de regarder le film, mais commanderont en plus une pizza pour l’occasion. Et les 4 % qui restent ? Ils regarderont du sport.
Si vous pensez faire mieux, prenez le temps de réfléchir aux autres situations de la vie courante qui exigent également de la maîtrise de soi : faire régulièrement de l’exercice physique, gérer le temps passé sur les appareils électroniques, consacrer du temps à la Parole et à la prière, garder son sang-froid, ou simplement ne pas s’écarter de son budget.

Cinq exercices pour faire croitre la maîtrise de soi

Vous souhaitez que vos enfants puissent grandir dans le domaine de la maitrise de soi ? Voici cinq exercices pour les parents qui désirent aider leurs enfants à développer cette qualité :

1. Encourager les bonnes habitudes. Qu’est-ce que les bonnes habitudes ont-elles en commun avec la maîtrise de soi ? Premièrement, elles ne nous viennent pas forcément naturellement ou facilement. Deuxièmement, si elles sont maintenues, elles entrainent de bonnes choses. Les bonnes habitudes sont la première composante de la maîtrise de soi. Chaque fois que vos enfants font preuve d’une bonne habitude (se brosser les dents, ranger leurs jouets ou finir leurs devoirs – surtout lorsqu’ils n’en ont pas vraiment envie), ils fortifient un peu plus le muscle de leur maîtrise de soi.

2. Encourager la prise de responsabilité. Aidez vos enfants à prendre leurs responsabilités à leur niveau. Autrement dit, si Suzanne a perdu un jouet que vous lui avez dit de ranger plusieurs fois, ne vous précipitez pas pour lui en acheter un autre. Pour les plus jeunes, établissez des routines du matin et du soir (que vous pouvez afficher dans leur chambre et dans la salle de bains) et apprenez-leur à les respecter tous seuls. Pour les plus grands, vous pouvez leur assigner des corvées raisonnables et leur donner la responsabilité de se le rappeler par eux-mêmes (même si l’on peut les aider à s’en souvenir de temps à autre).

3. Établir des limites et les faire respecter. Expérimenter les conséquences du manque de maîtrise de soi fait partie de l’apprentissage. Si votre enfant réagit de façon inappropriée envers un parent ou ses frères et sœurs, alors il doit apprendre la leçon, à savoir qu’il était plus sage de réfléchir aux choix qui se présentaient à lui avant d’agir. L’envoyer réfléchir dans sa chambre à l’écart ou lui ôter un privilège adapté à la situation aidera votre enfant ou adolescent à comprendre que se maîtriser, et prendre des décisions respectueuses, est toujours la meilleure option.

4. Appuyer sur pause. Souvenez-vous, la maîtrise de soi est la capacité de s’arrêter et de réfléchir avant de faire un choix. Examinons chacune de ces actions :

  • S’arrêter : Cela veut dire s’arrêter de parler et d’agir pendant un moment. Pour les aider à s’arrêter, vous pouvez dire à vos enfants de prendre une grande inspiration (ce qui est impossible à faire en continuant de parler). S’arrêter et prendre le temps de respirer, ça ne fera jamais de mal à un enfant.
  • Réfléchir : Quand il appuie sur pause, votre enfant se donne la chance de faire quelque chose de très important : réfléchir. Réfléchir avec souplesse, c’est observer la situation d’une autre perspective. Voici quatre questions que votre enfant peut se poser afin de réfléchir à toutes les situations avec souplesse, développer sa maîtrise de soi, et augmenter ses chances de faire le bon choix. Adaptez cette liste avec votre enfant, mettez-la sur papier, puis mémorisez-la ensemble pour que ces pensées deviennent des automatismes :
    • Quelle serait une bonne façon de faire face à cette situation ?
    • Qu’est-ce que Dieu voudrait que je fasse ?
    • Est-ce si important que cela ?
    • Devrais-je en parler avec un parent ou un adulte ?

5. Encourager la satisfaction différée. Il s’agit de la capacité à faire un effort sans en tirer de bénéfices immédiats. Manger un bonbon procure une satisfaction sans délai. Manger des légumes, pour un enfant, ce n’est pas toujours satisfaisant de façon immédiate, mais la récompense à long terme, c’est une meilleure santé. Soyez à l’affût des occasions permettant à vos enfants d’accomplir des tâches amenant une satisfaction différée : économiser de l’argent, apprendre à jouer un instrument de musique, pratiquer un sport, étudier pour des examens ou, pour les plus petits, faire un puzzle.
Dernière remarque : lorsque vous voyez vos enfants absorbés par une telle tâche, assurez-vous de leur communiquer votre fierté. Votre encouragement peut véritablement les aider.

L’histoire de Tony

Tony est un garçon de 11 ans que j’ai connu autrefois, qui était tellement ravi de la sortie d’un certain jeu vidéo qu’il aurait volontiers échangé un doigt ou deux contre ce jeu. Vous pouvez imaginer sa déception lorsqu’il apprit qu’il ne l’aurait pas tout de suite à cause de son prix.
Tony se lança alors dans une campagne « casse-pieds » assidue, convaincu que sa persistance sans relâche lui permettrait de prendre le dessus sur ses parents et lui rapporterait le jeu convoité. Tony commettait une erreur commune à bien des enfants. Harceler ses parents n’allait en rien l’aider à obtenir le jeu.
Tony n’a jamais obtenu son nouveau jeu vidéo, mais il apprit d’importantes leçons à la place. Il découvrit que harceler ses parents l’amènerait à perdre le privilège des jeux vidéo qu’il possédait déjà. Et à sa stupéfaction, il se rendit également compte qu’en fait, il était tout à fait capable de survivre à l’horreur quasi apocalyptique de ne pas pouvoir mettre la main sur chaque nouveau jeu dès sa sortie. Tony a alors choisi de commencer à économiser son argent afin de pouvoir acheter de nouveaux jeux (avec l’approbation de ses parents) pour ne pas avoir à attendre jusqu’à Noël ou son anniversaire.

Mettre au point un entraînement à la maîtrise de soi aidera vos enfants à devenir des adultes qui connaissent la valeur du travail, respectent les autres, et finissent ce qu’ils ont à faire avant de commander une pizza pour s’installer devant leur film préféré.

 


Todd Cartmell est psychologue pour enfants et auteur de livres sur l’art d’être parent.
Cet article a été publié dans le numéro de mars-avril 2014 du magazine Thriving Family sous le titre « Teaching Kids Self-Control ». Tous droits réservés © 2014 par Todd Cartmell. Utilisation autorisée.