Espoir pour les couples en crise

Écrit par Dr James Dobson

Rien n’est plus inspirant que deux personnalités uniques et différentes qui s’unissent par un engagement marital qui durera toute leur vie, avec l’aide de Dieu. Qui peut comprendre ce lien mystérieux qui permet à un homme et une femme de surmonter les multiples tempêtes de la vie et de rester les meilleurs amis pendant le reste de leurs jours ensemble ?

Ce phénomène est si remarquable que l’apôtre Paul, sous l’inspiration divine, l’a choisi pour symboliser le lien d’amour insondable qui unit Jésus-Christ à son épouse, l’Église. Nous pourrions consacrer un ou deux mois à réfléchir aux implications de cette remarquable analogie.

Hélas, de nos jours, un nombre accablant de mariages se termine de façon beaucoup moins inspirante. En effet, l’occident subit une épidémie continue de relations dysfonctionnelles. Une étude effectuée par des sociologues à l’université Rutgers a conclu que l’institution du mariage elle-même semble s’éteindre.1David Popenoe et Barbara Dafoe Whitehead, « The State of Our Unions: The Social Health of Marriage in America, » The National Marriage Project, Rutgers University, 1999. Je frémis en imaginant ce que sera la vie (et combien les enfants souffriront) si les chercheurs s’avèrent avoir vu juste !

On ne dira jamais assez à quel point les divorces sont source de souffrance. C’est cette situation tragique qui m’a amené à écrire L’amour à tout prix ?, qui continue d’être l’un de mes livres les plus populaires. Il parle non seulement des mariages qui partent à la dérive, mais de concepts qui fortifieront des relations moins tendues. J’aimerais centrer ce commentaire du mois sur les plus importants d’entre eux.

La réalité

La méthode classique des conseillers conjugaux consiste à apprendre aux maris et aux femmes à revitaliser leurs relations malsaines en les aidant à résoudre leurs conflits. Malheureusement, ce conseil suppose que chaque conjoint soit motivé pour résoudre les problèmes du couple. Or, c’est rarement le cas.

En général, quand un mariage bat de l’aile, l’un des partenaires envisage de divorcer alors que l’autre est terrifié par cette perspective. Au pire, comme en cas d’infidélité, le conjoint fautif n’a généralement pas envie de consulter un conseiller, sauf peut-être pour atténuer sa culpabilité ou les critiques qui lui sont adressées. Il ou elle a souvent décidé une fois pour toutes de rompre le mariage.

J’ai remarqué que la manière dont l’autre partenaire réagissait à ce moment crucial déterminait le fait que le mariage allait survivre ou succomber. Je vais vous expliquer pourquoi dans un moment.

La souffrance du rejet

Seuls ceux qui ont été rejetés par un époux qu’ils aiment peuvent pleinement comprendre l’immense vague de souffrance qui déferle dans une vie lorsqu’une relation se termine. Rien d’autre ne compte. Aucune pensée ne console la victime. L’avenir n’offre plus ni intérêt ni espoir à ses yeux. Elle éprouve des sentiments contradictoires allant du désespoir à l’acceptation, et inversement.

Dans l’expérience humaine, rien ne peut se comparer à la douleur atroce de savoir que la personne à laquelle on a promis une fidélité perpétuelle a trahi sa confiance et a des relations sexuelles avec un « étranger »… un concurrent… un partenaire plus beau ou plus séduisant. Même la mort semble moins intolérable que le fait d’être mis au rebut comme une vieille chaussure.

Si on devait choisir un seul mot pour décrire cette expérience, on parlerait de panique. Comme une personne qui se noie s’épuise pour tenter désespérément d’agripper quelque chose qui flotte, un partenaire rejeté essaie systématiquement de s’accrocher à son conjoint qui veut le quitter. Cette panique finit par faire place à la conciliation, ce qui détruit les dernières bribes du mariage.

Qu’est-ce qui n’a pas été ?

Considérons un moment l’autre conjoint ­— celui qui veut mettre un terme au mariage. Quel secret est enfoui au plus profond de l’esprit de la femme qui a une aventure avec son patron ou de l’homme qui courtise la « fille facile du bureau » ? Même si cela doit vous surprendre, le désir sexuel n’est pas le premier mobile de ce genre de relations. Quelque chose de bien plus essentiel se passe en profondeur.

Longtemps avant que l’infidèle ait pris la décision de « batifoler » ou de partir avec quelqu’un d’autre, un changement fondamental a commencé à se produire dans la relation. Beaucoup de livres traitant de ce sujet imputent le blâme à une communication défaillante, mais je ne suis pas d’accord. L’incapacité de dialoguer est le symptôme d’un problème plus profond, mais ce n’est pas la cause elle-même.

L’élément critique est la façon dont un mari ou une femme commence à dévaluer l’autre ainsi que leur vie commune. Au départ, c’est une modification subtile dont aucun des deux partenaires n’a conscience, mais au fur et à mesure que le temps passe, une personne commence à se sentir prisonnière d’une relation avec un partenaire qu’elle ne respecte plus.

Nous commençons maintenant à voir pourquoi le fait qu’un partenaire frappé de panique rampe, pleure ou supplie son conjoint claustrophobe a tendance à faire fuir celui-ci encore plus loin. Plus il s’efforce de gagner un peu de liberté (ou même de pouvoir reprendre son souffle), plus désespérément l’époux rejeté s’agrippe à lui.

Ouvrir la porte

Peut-être le raisonnement ci-dessus vous ouvre-t-il les yeux ? S’il existe un espoir de sauver les mariages moribonds, comme je le crois, c’est certainement en réinstaurant le respect entre les maris et les femmes qui se déchirent. Cela nécessite que l’époux blessé ouvre la porte de la cage pour laisser sortir le partenaire prisonnier ! Toutes les techniques d’endiguement doivent cesser immédiatement, y compris la tristesse manipulatrice, la colère, la culpabilité et la conciliation. Implorer l’autre, plaider, pleurer, se lamenter et jouer le rôle d’une carpette est également destructeur.

Des sentiments forts peuvent s’exprimer en temps et heure, et on peut avoir l’occasion de faire preuve de tolérance, mais ces réactions ne doivent pas servir de stratagèmes pour retenir contre son gré le partenaire qui veut partir.

Lecteur qui avez absolument besoin de ce conseil, veuillez prêter attention à ce point : je suis sûr que vous n’auriez jamais envisagé d’employer ces méthodes coercitives pour convaincre votre mari ou votre femme de vous épouser quand vous vous fréquentiez. Vous l’avez séduit, attiré, charmé et encouragé. Vous avez avancé pas à pas dans ce jeu subtil. Évidemment, si vous vous étiez accroché au cou de l’élu de votre cœur en sanglotant et en disant : « Je pense que si tu ne te maries pas avec moi, j’en mourrai ! Sans toi, ma vie n’a aucun sens. Ne te détourne pas de moi, je t’en supplie ! », etc., vous n’auriez jamais eu aucun succès.

Acculer ou supplier son conjoint fait penser aux tactiques extrêmement manipulatrices employées par un mauvais vendeur de voitures. À votre avis, quel succès aurait-il s’il disait en sanglotant : « Je vous en supplie, achetez cette voiture ! J’ai vraiment besoin d’argent, et je n’en ai vendu que deux cette semaine. Si vous vous en allez sans me l’acheter, je vais me suicider ! »

Évidemment, cette analogie est ridicule, mais on peut en tirer profit. Quand on tombe amoureux d’un partenaire potentiel, on essaie de « se vendre » à lui, mais comme le ferait un vendeur intelligent, on doit laisser à l’acheteur toute liberté de choix en la matière. Mieux vaut le convaincre que l’achat qu’il s’apprête à faire sert ses intérêts personnels.

Si personne n’achète d’automobile pour soulager la souffrance d’un vendeur, n’est-il pas beaucoup plus improbable qu’il voue toute son existence à quelqu’un qu’il n’aime pas, uniquement par dévouement ? Aucun d’entre nous n’est aussi généreux. Dans l’idéal, Dieu veut que nous sélectionnions juste une personne pour toute notre vie, et rares sont ceux qui sont prêts à le faire pour consoler quelqu’un dont ils ont pitié ! En fait, il est très difficile d’éprouver des sentiments amoureux pour quelqu’un dont on a pitié.

Le message juste

Si implorer et plaider sont des méthodes inefficaces pour attirer un membre du sexe opposé au cours des fréquentations, pourquoi les victimes des mauvais mariages emploient-elles ces moyens pour retenir un conjoint qui veut s’en aller ? Elles ne font qu’accroître le mépris de celui qui veut partir. Elles feraient mieux d’adresser leur version personnelle du message ci-dessous au bon moment :

« Jean [ou Alice], depuis que tu as décidé de partir, j’ai connu des moments très difficiles, tu le sais. Je t’aime tant que je ne pouvais pas envisager la vie sans toi. Pour une personne comme moi, qui espérait se marier une seule fois et rester engagée pour la vie, il est très éprouvant de voir sa relation aller à vau-l’eau. Toutefois, je me suis remise en question et je me rends compte que j’ai essayé de te retenir contre ta volonté, ce qui n’est pas possible.

« En repensant à nos fiançailles et à nos premières années de vie commune, je me suis souvenue que tu m’as épousé(e) librement. Je ne t’ai pas soudoyé, forcé la main ou offert de pot-de-vin. Tu as pris ta décision sans que je fasse pression sur toi. Maintenant, tu dis que tu veux mettre un terme à notre mariage, et naturellement, je dois te laisser partir. J’ai conscience de ne pas pouvoir te forcer à rester aujourd’hui, tout comme je ne t’ai pas forcé à m’épouser en 1989 [ou à une autre date]. Tu es libre de partir. Si tu ne me téléphones plus jamais ensuite, je respecterai ta décision.

« Je reconnais que tout cela est très pénible pour moi, mais je vais m’y faire. Le Seigneur a été avec nous jusqu’à présent et il continuera à l’être à l’avenir. Toi et moi, nous avons vécu des moments merveilleux ensemble, Jean. Tu as été mon premier grand amour et je n’oublierai jamais nos souvenirs communs. Je prierai pour toi, et je sais que Dieu va te guider dans les années à venir. »

Doucement, à sa grande surprise, l’époux emprisonné sent la porte de sa cage bouger, puis s’ouvrir. Il n’arrive pas à y croire. La personne à laquelle il s’était senti ligoté depuis des années le détache ! Il n’est plus nécessaire de repousser ses avances et d’écarter ses mains qui s’agrippaient à lui.

« Mais il doit y avoir un piège, se dit-il. C’est trop beau pour être vrai ! Ses belles paroles n’ont pour but que de me récupérer. Dans une semaine ou deux, elle pleurera de nouveau au téléphone pour me supplier de rentrer à la maison. Elle est très faible, vous savez, et elle craquera sous la pression. »

Je vous recommande énergiquement, à vous qui êtes rejetée, de prouver à votre partenaire qu’il se trompe sur ce point. Faites en sorte qu’au cours des semaines suivantes, il soit stupéfait de constater que vous vous maîtrisez parfaitement. Seul le temps qui passe le convaincra que vous êtes sérieuse et qu’il est bel et bien libre. Il se peut même que pendant cette période, il vous teste en faisant preuve d’une grande hostilité, en vous insultant ou en flirtant avec d’autres. En tout cas, une chose est sûre : il guettera des signes de faiblesse ou de force de votre part. Et son respect pour vous en dépendra.

Des changements subtils

Si l’époux le plus vulnérable réussit le test initial et persuade son partenaire qu’il est vraiment libre, plusieurs changements intéressants commencent à se produire dans la relation. Néanmoins, chaque situation est unique, et je vous décris seulement les réactions typiques, mais ce schéma est très courant dans les familles que j’ai conseillées. La plupart des exceptions sont des variantes du même thème.

Trois conséquences distinctes peuvent se produire lorsqu’un conjoint qui se « cramponnait » à l’autre le lâche :

  1. Le partenaire prisonnier n’a plus besoin de repousser l’autre, et leur relation s’améliore. L’étincelle de l’amour ne se ranime pas forcément, mais les rapports entre les deux partenaires sont moins tendus.
  2. Quand le conjoint qui veut partir commence à se sentir libre, les questions qu’il se pose changent. Après s’être demandé pendant des semaines ou des mois : « Comment me libérer de cette situation pénible ? », il se dit : « Est-ce que je veux vraiment partir ? » Le simple fait de savoir que la porte est grande ouverte lui ôte l’envie irrésistible de la franchir. Parfois, cela le pousse à faire demi-tour et à rester à la maison !
  3. Le troisième changement se produit dans la tête du conjoint vulnérable. Fait inouï, cette personne se sent mieux. Elle a l’impression de mieux contrôler la situation. Rien n’est pire que de sangloter à longueur de journée en attendant en vain que le téléphone sonne ou qu’un miracle se produise. Elle se met à se respecter elle-même et à recevoir quelques marques de respect en retour. Même s’il est difficile de laisser son conjoint partir une fois pour toutes, cette démarche est très bénéfique. Elle a l’impression d’avoir un plan, un « programme », un chemin précis à suivre. C’est beaucoup plus valorisant que de se poser en victime et de déplorer son impuissance, comme elle le faisait auparavant. Et peu à peu, ses plaies se cicatrisent.

Cette recommandation correspond à ce que l’apôtre Paul a préconisé dans 1 Corinthiens 7.15 : « Cependant, si celui qui n’est pas croyant veut se séparer de son conjoint chrétien, qu’on le laisse agir ainsi. Dans un tel cas, le conjoint chrétien, que ce soit l’époux ou l’épouse, est libre, car Dieu vous a appelés à vivre en paix » (Bible en français courant). Dans ce cas-là, Paul n’autorise pas le conjoint rejeté à demander le divorce, mais il lui conseille de laisser partir son partenaire si celui-ci est résolu à le faire. Le conseil que je vous adresse aujourd’hui correspond à ce passage.

Reconstruire et préserver

Voilà donc, en résumé, le thème fondamental de L’amour à tout prix ?, (paru en français aux éditions Foi et Victoire). J’espère qu’il sera utile à ceux qui s’efforcent de sauver leur mariage compromis.

Dans un sens plus général, les principes que j’ai décrits ne sont pas seulement valables pour les maris et les femmes en situation critique, mais ils s’appliquent aussi aux mariages plus sains. Je voudrais qu’on les enseigne aux fiancés et aux jeunes mariés qui s’apprêtent à vivre ensemble. Il y aurait moins de divorces dramatiques si les nouveaux époux savaient comment ramener à eux leur partenaire qui veut s’éloigner au lieu de le pousser à poursuivre sa démarche. Le respect n’est pas seulement fondamental pour les mariages brisés, mais il l’est aussi pour maintenir chaque jour des relations saines.

Mais un auteur a-t-il le droit de promettre la lune à ses lecteurs ? Tous les écrivains ont tendance à surestimer la portée de leur point de vue. Les ouvrages publiés actuellement promettent monts et merveilles, depuis 30 ans de plus pour les hommes jusqu’à une peau de pêche perpétuelle pour les femmes. Hélas, ces belles promesses se réalisent rarement. Cela me rappelle les charlatans qui jadis, au Far West, vendaient des Élixirs de Vie à l’arrière de leur chariot bâché avant de quitter la ville à toute vitesse. Tout en espérant ne pas tomber dans ce piège de la « guérison universelle », laissez-moi vous dire franchement comment je considère les divers concepts décrits dans L’amour à tout prix ? (dont je n’aborde qu’un aspect dans cette lettre).

Ce n’est pas tous les jours qu’on décrypte les secrets du comportement humain, du moins en ce qui me concerne. En fait, si on découvre deux ou trois principes fondamentaux durant sa vie, c’est déjà beaucoup. Les concepts que je vous expose dans ce livre font partie des quelques points que j’ai découverts. Sauvent-ils toujours les mariages dysfonctionnels ? Bien sûr que non. Personne ne peut faire cette promesse. Mais même lorsque l’étincelle de l’amour s’est éteinte, le principe du respect de soi lorsqu’on est rejeté reste essentiel, sous peine de sombrer dans le désespoir.

Bien que je n’aie pas insisté sur le rôle de la prière dans la préservation d’une famille perturbée, je suis certain que vous savez qu’elle détermine tout. C’est Dieu qui a institué le mariage, et il a promis de répondre à ceux qui lui demandent de les toucher pour les guérir. Et cela vous aide à comprendre votre conjoint en cherchant à rétablir le lien entre ceux que « Dieu a unis ».

Extrait de l’infolettre de Focus on the Family de juin 2000. © 2006 Focus on the Family. Tous droits réservés. Copyright international assuré. Avec autorisation.

  • 1
    David Popenoe et Barbara Dafoe Whitehead, « The State of Our Unions: The Social Health of Marriage in America, » The National Marriage Project, Rutgers University, 1999.