Restaurer les profondeurs de son âme – partie 2

La pénitence :  Faire des pas concrets pour marcher en nouveauté de vie.

Écrit par Jeremy Favreau

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Voici le genre de jeûne que je préconise : détacher les chaînes dues à la méchanceté, dénouer les liens de l’esclavage, renvoyer libres ceux qu’on maltraite. Mettez fin aux contraintes de toute sorte ! Partage ton pain avec celui qui a faim et fais entrer chez toi les pauvres sans foyer ! Quand tu vois un homme nu, couvre-le ! Ne cherche pas à éviter celui qui est fait de la même chair que toi !
Ésaïe 58.6-7

Si vous avez suivi la série sur le carême jusqu’ici, vous vous demandez peut-être pourquoi je n’ai pas encore mentionné le jeûne, la pratique spirituelle la plus fréquemment associée au carême. La raison est simple : sans le mettre en contexte, le jeûne n’accomplira pas son objectif. Si nous ne prenons pas le temps nécessaire pour nous arrêter, faire silence, écouter la voix du Saint-Esprit et confesser notre résistance à sa volonté, le jeûne par lui-même, dissocié d’une attitude de cœur profondément engagée, ne portera que de très maigres fruits.

Dans le merveilleux chapitre 8 de son épître aux Romains, Paul déclare : «si vous vivez à la manière de l’homme livré à lui-même, vous allez mourir, mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les actes mauvais que vous accomplissez dans votre corps, vous vivrez.» La pénitence c’est la pratique de mesures intentionnellement choisies pour combattre nos péchés personnels. Il n’existe pas de pénitence « généralisée », qui conviendrait pour toute personne et pour toute situation. C’est pour cette raison que nos jeûnes du carême ne sont souvent rien de plus qu’une diète spiritualisée.

L’objectif du carême et de la pénitence, c’est de marcher en nouveauté de vie. Il faut donc être bien au clair quant aux choses que nous désirons voir changer en nous. C’est ce que les pratiques explorées jusqu’ici sont censées avoir mis au premier plan. Prenez un moment, avant de lire plus loin, pour mettre sur papier les transformations que vous désirez voir le Saint-Esprit opérer dans votre vie. Soyez clair et précis. Ne permettez pas à vos échecs passés de limiter vos aspirations pour votre vie future.

Ne permettez pas à vos échecs passés de limiter vos aspirations pour votre vie future.

Dieu désire amener à terme la conversion de nos âmes, bien qu’il y aura toujours des rénovations à effectuer. Il s’agit du principe dont Paul parle dans le cinquième chapitre de Galates. Les œuvres de la chair doivent être remplacées par les fruits de l’Esprit. La pénitence, c’est le pont pour passer de notre vie ancienne à notre vie nouvelle. Pour passer de l’orgueil à l’humilité, de la convoitise à l’amour. Elle ne nous permet plus de généraliser notre péché ou son antidote, ni de nous déresponsabiliser.

Déterminer un plan d’action

Retournons quelques instants à Sylvia Earle et à l’état des océans sur notre planète. Plusieurs espèces de poissons ont été réduites à seulement 10 % de leur population en seulement 10 ou 20 ans. Cette réalité à laquelle Sylvia a été témoin l’a poussée à ne plus consommer de poisson. C’est un acte directement lié à son désir de voir les océans retrouver leur vitalité d’autrefois. Son geste, bien que par lui-même limité et incapable de changer la condition des océans, reflète son désir d’intégrité personnelle face à la situation. Et il témoigne aussi de son espoir pour le changement.

Considérons un autre exemple : si les habitants du Québec désirent voir le fleuve Saint-Laurent retrouver sa pureté d’autrefois, ils devront cesser d’y déverser leurs eaux usées. Mais il faut faire plus qu’arrêter de les déverser dans le fleuve, il faut aussi trouver une solution pour les traiter. La pénitence, c’est de déterminer les actes spécifiques qui porteront nos âmes vers la guérison. C’est de cerner ce qui fera avancer la conversion de notre être intérieur. Cela ne s’arrête pas à la démolition de ce que nous ne voulons plus y voir.

La pénitence, c’est de déterminer les actes spécifiques qui porteront nos âmes vers la guérison.

Chaque péché, tout ce qui nous a détruits (incluant bien sûr tout ce qui détruisait les autres), doit être non seulement pardonné, mais extirpé de nos vies. Chacun des moyens de vivre qui polluaient notre âme doit être remplacé par une nouvelle façon de vivre qui, au lieu de mener vers les oeuvres de la chair, mène dorénavant vers les fruits de l’Esprit. Tel l’acte symbolique de Sylvia, nos actions par elles-mêmes ne suffiront pas pour nous transformer. Mais elles témoignent de notre volonté de permettre à l’Esprit saint d’œuvrer en nous.

Passer à l’acte

Par exemple, si je lutte avec l’envie et la jalousie, convoitant constamment ce que possède ma voisine, mes amis Facebook ou les gens que je vois à la télévision, qu’est-ce qui me permettra d’être libéré de cette manière d’être? Ce n’est pas suffisant de dire : « je ne le ferai plus ». Et ce n’est pas en me privant de chocolat ou de café que cette tendance disparaîtra. Ce qui va me permettre de guérir de cette plaie, c’est le fait de méditer sur tout ce que je possède en Christ, et de reconnaître tout ce qui nourrit en moi la jalousie et la convoitise. Toutes les choses que j’ai élevées comme «nécessités», alors qu’elles ne méritent pas cette place dans ma vie.

Une pénitence efficace, dans ce cas, consiste à faire mourir mon envie en ne passant plus des heures à parcourir les réseaux sociaux, à modeler mes valeurs selon les émissions de télé et à jalouser ma voisine de loin sans chercher à la connaitre personnellement. Cela consiste à renouveler ma pensée dans la Parole et à prêter plus attention à toutes les belles choses dont je jouis à chaque instant, en exprimant ma reconnaissance. C’est aussi de piler sur mon orgueil et de m’approcher de ma voisine, de chercher à la connaitre, de voir si je peux lui venir en aide ou l’aider à s’épanouir.

Par ces actes d’amour et de bienveillance, nous créons de nouvelles manières de vivre qui remplaceront les anciennes.

Par ces actes d’amour et de bienveillance (des fruits de l’Esprit), nous créons de nouvelles manières de vivre qui remplaceront les anciennes. Par la pratique continuelle de ces actes de pénitence, des nouvelles habitudes de vie seront créées. Ce qui était mort à l’intérieur de nous renaitra avec éclat et ce qui nous faisait mourir auparavant perdra son pouvoir.

Renaître en communauté

Lorsque nous faisons silence pour écouter le Saint-Esprit, nous ne ferons pas seulement face aux défauts de caractère et aux péchés personnels présents en nous. Nous ferons aussi face aux péchés de l’humanité, dont nous sommes complices, et nous pourrons prendre notre part de responsabilité pour la destruction qui sévit non seulement à l’intérieur de nous, mais dans notre monde.

Considérons par exemple, nos habitudes de consommation.

Fréquemment, nous justifions nos dépenses en nous comparant aux autres : « Ils dépensent plus que nous, c’est certain : ils mangent plus souvent au restaurant, ont une plus grande maison, les derniers gadgets et trois voitures ! On peut bien s’en permettre un peu nous aussi… ». Notre attitude devrait être l’opposé : « Combien est-ce que je dépense sur des vêtements par année ? Combien de pièces sous-utilisées ai-je dans ma maison ? Ai-je vraiment besoin de deux voitures ? Et si je prenais l’autobus ? Vivons-nous au-dessus de nos moyens, alors que nous avons de la difficulté à donner la dîme ? »

Vous poser ces questions à l’intérieur de vous-mêmes, en couple et en famille, est un bon départ. Mais la clé se trouve en communauté. Parlez de ces choses entre amis, en tant que petits groupes et en tant qu’église. Priez à propos de ces choses et pour tout ce qui se passe dans le monde. Informez-vous de ce qui se passe dans les pays en développement et dans le fond des océans. Ne vous permettez plus de croire que cela ne vous concerne pas. Chacune de nos décisions a un impact sur les conditions de vie et de mort sur notre planète. Nous avons une part de responsabilité quant aux effets du péché sur les gens que nous ne rencontrerons jamais. Le carême, c’est aussi le temps pour se repentir de ces choses.

Nous avons une part de responsabilité quant aux effets du péché sur les gens que nous ne rencontrerons jamais.

Pendant le carême et pendant toute l’année, nous avons besoin les uns des autres pour nous aider à marcher selon les objectifs que nous nous sommes posés. Autant au niveau des péchés personnels que corporatifs, nous avons besoin de confesseurs à qui déclarer nos manquements. Nous avons besoin qu’ils nous écoutent, nous étendent la grâce et nous rappellent des pas concrets à faire qui nous permettront de croître à l’image de Christ.

La Terre dépend de ses océans pour l’oxygène que nous respirons, pour le climat tempéré dont nous jouissons et pour les créatures aquatiques dont nous nous nourrissons. Nous continuons de détruire notre ressource naturelle la plus précieuse en partie parce que nous choisissons d’ignorer ce qui s’y passe. C’est la même histoire tragique qui a lieu dans nos vies lorsque nous ne permettons pas au Saint-Esprit de nous révéler notre brisement, et de nous diriger vers la guérison. Pendant le carême, nous faisons des actes concrets pour nous assurer que ce n’est pas le cas.

À Pâques, nous laissons derrière nous le carême, jusqu’à l’année prochaine. Mais les habitudes que nous y avons créées ne doivent pas pour autant cesser. Il est toujours temps pour nous de nous ouvrir aux autres, de plonger sous la surface et de faire face aux réalités qui s’y trouvent. Peu importe l’étendue de la désolation, nos âmes peuvent assurément revivre. Il s’agit de leur offrir l’occasion de le faire.

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Seul :

  • Fais une liste des choses que tu désires voir changer dans ta vie.
  • Considère les actions concrètes qui t’aideraient à vivre l’opposé.
  • Contacte une ou plusieurs personnes qui pourront marcher avec toi pour atteindre ces objectifs.
  • Demande-leur de t’aider à rédiger un plan consistant d’actes concrets pour vivre en nouveauté de vie, en relation direct avec les péchés que tu désires délaisser.

En communauté :

  • Cherchez à développer des relations de confiance où vous pouvez être authentique et parler de choses profondes.
  • Confessez vos manquements et vos aspirations les uns aux autres, et supportez-vous les uns les autres.
  • Décidez ensemble de vous instruire sur un sujet important : la pauvreté infantile, les mères célibataires, les ateliers de misère, la destruction de l’environnement (dans votre ville comme ailleurs), le sort des réfugiés…
  • Cherchez à discerner votre part de responsabilité pour ces choses, et repentez-vous pour elles.
  • Déterminez des moyens concrets par lesquels vous pouvez contrer ces choses en venant en aide à ceux qui subissent leur impact le plus direct.

Jeremy Favreau vit à Montréal avec son épouse Selene et leurs trois garçons. Formé en lettres et en théologie, il a travaillé dans le milieu des OBNL chrétiens pendant plusieurs années. Aujourd’hui, Jeremy se concentre sur les questions d’équité, de diversité et d’inclusion, et sur comment Dieu transforme intégralement les individus et les systèmes.

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