La maison aux sucettes glacées
De petits gestes intentionnels peuvent avoir un grand impact dans la vie de vos voisins.
Écrit par Rachelle Wiggins
Un an après avoir emménagé dans la ville où nous vivons aujourd’hui, j’ai repris contact avec une amie de notre ancienne communauté. Elle m’a demandé comment s’était passée la transition pour notre famille. Je lui ai donc parlé de notre nouvelle maison située à proximité du parc, de l’école et de l’épicerie, dans un quartier qui semble souvent fourmiller d’enfants. Au moment où je m’apprêtais à lui décrire les joies et les frustrations de vivre dans une petite localité où tout le monde se connaît, le visage de Wendy s’est illuminé : « Ta maison est toujours considérée comme la maison aux sucettes glacées, n’est-ce pas ? »
J’ai ri et acquiescé d’un signe de tête, en espérant que ses mots décrivaient bien notre maison. Notre cour arrière est souvent remplie d’enfants qui jouent et beaucoup de collations de sucettes glacés ont eu lieu sur les marches de notre portique. Mon mari et moi nous sommes rendus compte qu’en cette saison de notre vie, nos enfants sont l’un des plus grands outils d’évangélisation que Dieu nous donné. Les enfants s’attirent comme des aimants, et Dieu a permis à nos enfants de servir de catalyseurs naturels pour partager Jésus aux familles qui nous entourent.
Adopter une vision missionnaire
Lorsque nous avons dû déménager, je rêvais d’abord de trouver une belle petite maison à la campagne. J’imaginais un pneu en guise de balançoire dans notre cour arrière près d’un petit ruisseau, mes enfants nourrissant des poules et prenant soin d’arbres fruitiers.
Des images charmantes, certes. Mais, à cette époque, ma motivation consistait à protéger et à isoler ma famille. Mon mari et moi étions en train de nous remettre d’une situation ministérielle difficile. Nous avions consacré plusieurs années à tenter d’établir des relations au sein de notre communauté, et une partie de moi se demandait si tout cet amour déversé sur les autres en avait vraiment valu la peine. Peut-être avions-nous seulement besoin d’un moment de répit — un peu de temps et d’espace pour pouvoir se concentrer sur les besoins spirituels et l’enrichissement de notre propre famille.
Mais Dieu a remis mon raisonnement en question. Durant l’une de nos discussions avec mon mari au sujet du déménagement, le Seigneur nous a rappelé son cœur pour les gens, et les nombreuses opportunités qui s’ouvriraient à nous si nous choisissions de nous immerger dans une communauté. Jésus nous demande à tous d’aller et de faire des disciples… (Matthieu 28.19) Bien que « faire des disciples » comprend certainement la façon dont nous élevons nos enfants, nous étions conscients que Dieu nous avait appelés à étendre cette mission à un éventail de gens plus large.
Un juste milieu entre carrefour et oasis
Les gens comme moi, qui se ressourcent dans la solitude, ont tendance à créer un chez-soi qui ressemble drôlement à un centre de retraite. C’est tout naturel, je crois. Je suis d’ailleurs vraiment reconnaissante que ma famille ait su intégrer des moments de repos au cœur de nos vies occupées. Nous en avons besoin pour maintenir une bonne santé émotionnelle et spirituelle afin d’avoir la force nécessaire pour démontrer l’amour de Christ dans notre entourage.
Mais, bien que nous soyons en train d’apprendre l’art de ralentir pour nous ressourcer, mon mari et moi apprenons aussi l’importance de construire des relations de manière intentionnelle. Il est possible d’être très occupés à maintenir un certain niveau d’activités pour notre famille sans que cela ne participe aucunement à notre mission de partager Christ avec nos voisins. Sortir des murs chaleureux de notre maison et entrer dans la vie des gens qui ont besoin de Jésus demande effort et sacrifice.
J’adore la façon dont l’écrivaine (et la mère) Kari Patterson parle de cet équilibre : « Je veux une maison qui soit à la fois un carrefour, et une oasis. Un endroit où tout le monde se sent à l’aise, un endroit où les chemins se croisent, un endroit qui grouille d’activités et de vie. Mais aussi, un endroit où je peux tout bonnement éteindre les lumières du perron et me reposer lorsque ma famille et moi avons besoin d’un peu de calme et de tranquillité. »
Quand nous avons emménagé dans notre nouvelle ville, nous avons commencé à cultiver de nouvelles relations avec les gens qui nous entouraient, une conversation à la fois. Cela pouvait signifier traverser la cour lorsqu’un voisin était dehors pour laver sa voiture ou pour pelleter son entrée, et s’attarder un peu en espérant avoir l’occasion de converser. Ou encore, se rendre chez la voisine avec une assiette de biscuits, ou simplement amorcer une conversation au parc avec d’autres parents. Et, au fur et à mesure que nos enfants se sont liés d’amitié avec d’autres enfants du quartier, nous avons eu l’occasion de converser avec eux lorsqu’ils jouaient dans notre cour et dans notre maison. Cela a souvent mené à des conversations profondes avec leurs parents.
Faire des disciples en adoptant un style de vie « carrefour et oasis » prendra un aspect différent pour chaque famille, selon la culture et le voisinage dans lequel elle vit. Mais pour nous, être ce carrefour relationnel ressemble souvent à une cour arrière remplie d’enfants se livrant à une bataille d’eau ou à un salon plein de petites filles en pyjamas, qui pouffent de rire en se blottissant dans leur sac de couchage. Mon mari et moi avons tout simplement pris la décision d’être présents pour nos enfants — et d’étendre cette présence dans la vie de leurs amis. Nous voulons que notre demeure soit un endroit où les enfants se sentent en sécurité et aiment passer du temps, où il y a des gens à leur écoute et où ils peuvent s’amuser de manière saine dans un milieu enrichissant. Nous désirons que notre demeure soit imprégnée de l’amour du Christ, un endroit où sa vérité est partagée naturellement dès que l’occasion se présente.
Progrès et entraînement
Il y a des jours où je préfèrerais de loin finir une tâche ménagère ou m’asseoir sur ma terrasse plutôt que d’assister à une partie de balle molle ou à la fête d’anniversaire d’un enfant du quartier. Mais quand je choisis d’y aller, je suis bénie par les échanges que j’ai avec d’autres parents. Je dois admettre que je ne tire pas toujours pleinement avantage des occasions qui se présentent à moi. Mais j’apprends. Plutôt que de m’asseoir toujours avec les trois mêmes mamans, Dieu m’incite souvent à interagir avec une nouvelle personne. Puis, il me donne le courage d’aborder des questions profondes qui touchent au cœur et à la vie de l’autre, plutôt que de m’en tenir aux banalités, comme parler de la pluie et du beau temps.
Ces efforts en ont bien valu la peine : après tout juste deux ans, ma nouvelle communauté ne me semble plus si nouvelle… Nous avons créé des liens d’amitié véritable avec nos voisins de tous côtés. Nous avons vu plusieurs amis de notre rue approfondir leur relation avec le Seigneur. Et c’est avec humilité que nous avons aussi vu l’amour de Dieu toucher le plus dur des cœurs. Lorsque je regarde ma cour arrière bondée de garçons et de filles, de bicyclettes et de morceaux de ballons d’eau éclatés, je me rends compte que l’amour du Christ se démontre souvent par de petits gestes très simples. Alors, si quelques sucettes glacés peuvent communiquer cet amour, je veux m’assurer que mon congélateur en contient toujours une grande quantité !

