Facebook et la course aux «J’aime »

Déconnectez l’estime personnelle de votre ado des réseaux sociaux.

Écrit par Cara Plett

Chez les ados, la tendance à se comparer aux « autres », et à chercher à faire aussi bien, est plus forte que jamais. Aujourd’hui pour les adolescents, les « autres » représentent des dizaines (voire des centaines) de contacts Facebook dont les vies sont retouchées, éditées et parfaitement lisses en apparence.

Chaque fois que votre fils ou votre fille se connecte sur Facebook, il est soumis à la compétition de celui qui saura le mieux se mettre en valeur. Imaginez : l’une de vos amies change son statut de « célibataire » à « en relation », télécharge l’album photo de ses dernières vacances aux Caraïbes, puis poste une vidéo montrant le délicieux dessert qu’elle s’apprête à manger « sans aucune culpabilité » car elle vient de courir un demi-marathon le matin même. Trois événements qui ne proviennent que d’une seule et même personne, et qui ne sont qu’une petite fraction du flot de mises à jour d’autres personnes auxquelles assiste votre ado chaque jour sur son compte Facebook. Pas étonnant qu’il soit tenté de se comparer aux autres !

Le pouvoir d’une page : La jalousie

Une étude menée par deux universités allemandes1 montre les effets de cette représentation en ligne de soi. Selon leur sondage effectué auprès de 600 utilisateurs Facebook, près de 30 % des adolescents interrogées décrivent leur état émotionnel après être allés sur Facebook comme plutôt négatif. Et ces ados identifient le sentiment de jalousie comme étant à la source de cette négativité.

De quoi ces adolescents sont-ils jaloux ?

Les voyages et loisirs des autres, ainsi que leur bonheur et leurs relations sociales sont les motifs de jalousie les plus souvent mentionnés. Et ces sentiments négatifs ne s’arrêtent pas là. La racine toxique de cette jalousie grandit et commence à avoir des effets profonds et un impact direct sur la vie de ces adolescents.

Tout d’abord, cela entraîne ce que les chercheurs allemands appellent le cercle vicieux de « l’autopromotion/jalousie » chez les utilisateurs Facebook qui « répondent à l’autopromotion de leurs contacts en se mettant encore plus en avant pour pouvoir rivaliser ». Commence alors un jeu épuisant de surenchère. Ensuite, l’étude révèle que les utilisateurs des réseaux sociaux font face à un état émotionnel en dents de scie : plus ils sont jaloux, moins ils sont satisfaits de leur vie.

L’estime de soi et « la déprime Facebook »

Le réseau social Facebook a par nature deux côtés, et peut être utilisé tant de manière saine que de manière malsaine. D’un côté, Facebook, c’est une façon sympa de partager ses expériences de vie avec ses amis et sa famille. Mais le problème, c’est que nombre d’adolescents détournent cet usage de Facebook en l’utilisant de manière inappropriée et commencent à baser leur estime personnelle sur ce réseau social, transformant alors les avantages de Facebook en venin.

Nombre d’adolescents mettent tous leurs efforts pour correspondre aux standards en constante évolution de Facebook. Leur estime personnelle et leur humeur sont alors conditionnées par les mises à jour de « leur mur ». Recevoir des commentaires flatteurs, par exemple, provoque une augmentation de leur satisfaction personnelle. Inversement, quand leurs contacts ne laissent pas de commentaires, ce manque d’attention peut être interprété comme un rejet virtuel, un manque d’amitié, ou un jugement sur soi.

Les « j’aime » sur Facebook sont un bien particulièrement prisé. Des adolescents participant à un sondage mené en 2013 par un centre de recherche américain2 ont admis qu’ils modifiaient le contenu de leur profil pour obtenir un maximum de « j’aime », supprimant par exemple les photos qui n’étaient pas à la hauteur.

Dans leur livre The Digital Invasion (L’invasion Numérique, disponible uniquement en anglais), les docteurs Archibald Hart et Sylvia Hart Fredj alertent les parents sur ces montagnes russes émotionnelles que connaissent leurs adolescents. Sur Facebook, les adolescents ont l’impression que « leurs succès sont diminués et leurs échecs amplifiés ». Le sentiment d’échec qui en résulte conduit à « la déprime Facebook ».

Un accompagnement parental recommandé

En tant que parents, votre rôle est d’aider votre adolescent à ne pas associer son estime personnelle aux réseaux sociaux et de l’équiper afin qu’il prenne conscience des mensonges et des illusions de Facebook. Avec votre soutien, votre adolescent peut fonder son estime personnelle sur la Parole de Dieu et Son amour, et non sur les commentaires et « j’aime » de Facebook.

Pour commencer, demandez-vous comment va votre adolescent. Gardez un œil attentif sur les signes qui pourraient vous indiquer que votre adolescent souffre de « déprime Facebook ». Soyez particulièrement alerte s’il change soudain d’humeur (en particulier s’il est renfrogné après être allé sur les réseaux sociaux), s’il se replie sur lui-même ou change ses habitudes alimentaires.

Dans la plupart des cas, la solution n’est pas forcément de boycotter Facebook. Un sondage effectué par l’organisme américain montre que certains ados décident par eux-mêmes de passer sur d’autres réseaux sociaux comme Twitter et Instagram pour échapper aux tensions qu’ils rencontrent sur Facebook. Mais il s’agit là seulement d’une solution temporaire et superficielle. Pour que l’expérience de ces ados sur les réseaux sociaux soit positive, il faut avant tout qu’ils apprennent à garder leur cœur.

Grâce à ces 4 conseils : F-A-C-E, vous pouvez aider votre adolescent à utiliser les réseaux sociaux en toute sécurité :

– Faux-semblants : Votre fille se sent-elle seule lorsqu’elle compare sa liste d’amis à celle de sa copine qui a une liste-qui-ne-cesse de s’allonger de 900 contacts ? Si c’est le cas, elle doit affronter ses émotions avec honnêteté, notent les docteurs Hart et Fredj. Se poser les questions suivantes pourrait l’aider : Suis-je vraiment seule, ou suis-je entourée et aimée par de vrais amis et une famille ? Dans tous les cas, c’est la Parole de Dieu qui doit guider l’utilisation des réseaux sociaux : « Contentez-vous de ce que vous avez, car Dieu a dit : « Je ne te laisserai pas, je ne t’abandonnerai jamais » » (Hébreux 13.5)

En passant, rappelez à votre ado que de nombreux utilisateurs Facebook ont une liste d’amis interminable parce qu’ils envoient des demandes à tout le monde et acceptent toutes les invitations à être amis. 33 % des ados affirment être amis sur Facebook avec des gens qu’ils n’ont jamais rencontrés. Les docteurs Hart et Fredj conseillent par conséquent de s’assurer auprès de votre ado qu’il a bien conscience que 700 amis virtuels ne représentent pas la même chose que 700 amis réels.

– Activités : L’association américaine de psychiatrie (AAP) conseille aux parents d’interroger chaque jour leur ado sur leurs activités sur Facebook. Demandez-leur par exemple : Qu’est-ce que tu as vu ou posté sur Facebook aujourd’hui ? Ou bien J’ai vu ton commentaire sur Facebook aujourd’hui, est-ce que tout va bien ? Puis discutez avec votre fils ou votre fille des motifs qui les poussent à passer du temps sur ce site. Vont-ils sur Facebook pour rester actifs socialement en se tenant au courant des événements à venir ? Interagissent-ils vraiment avec leurs amis en ligne ? Ou espionnent-ils passivement les profils de leurs contacts pour passer le temps et satisfaire leur curiosité ?

L’AAP recommande aussi de garder tous les ordinateurs de la maison dans des pièces centrales de la maison afin de pouvoir aider votre ado à gérer le temps qu’il passe sur les réseaux sociaux. Limiter le temps qu’il passe devant les écrans et réduire la possibilité de les utiliser à l’abri des regards prévient votre ado de confondre la vie réelle avec la vie en ligne.

 Contenu : Aidez votre fils ou votre fille à prendre conscience que le contenu posté sur Facebook n’est pas un critère de réussite. Sur Facebook, les gens postent du contenu retouché, filtré et édulcoré, légitimant des mensonges car cela leur permet d’obtenir plus de « J’aime » et un profil Facebook parfait. Pour le dire simplement, ce « livre de visages » est plus une fiction qu’une biographie ! En conséquence, ce que perçoit votre ado, c’est que personne à part lui ne passe jamais de soirée tout seul, et que personne à part lui n’a jamais de bouton sur le nez ou de coupe de cheveux ratée. Bien sûr, cela est faux.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est ce que dit la Bible. Pierre met en garde les ados dans 2 Corinthiens 10.12 : lorsque l’on se compare aux autres, nous manquons de sagesse. En revanche, votre ado fera preuve de sagesse s’il sait reconnaitre que Dieu a créé « les profondeurs de son être » et qu’il est donc « une créature merveilleuse » (Psaumes 139.13-15). Pensez à écrire ces versets sur des post-its et mettez-les sur votre écran d’ordinateur. La Parole est une défense puissante contre l’anxiété sociale.

– Engagement : Pour profiter au mieux des réseaux sociaux, les ados doivent remplacer l’espionnage passif par un engagement actif. Votre fils n’a surement pas besoin qu’on le motive pour se connecter sur Facebook, mais s’il a tendance à regarder les profils des autres, s’y attarder et se lamenter, il lui faut commencer à se connecter activement avec ses amis en postant des commentaires positifs et en leur envoyant des messages.

Quand s’engager activement sur Facebook n’est pas la réponse, l’étude allemande mentionnée plus tôt soulève que l’un des mécanismes de protection émotionnelle que les ados utilisent consiste alors à « masquer les actualités des amis dont ils se sentent particulièrement jaloux ». Une autre solution est, selon la psychologue Amy Wood, de briser chez votre fille l’étourdissement causé par Facebook, en l’encourageant vivement, et avec bienveillance, à rendre visite à des personnes réelles dès qu’elle sent qu’elle tombe dans le piège de la comparaison.

Vous vous sentez dépassés lorsqu’il s’agit d’éduquer vos enfants en ce qui concerne les réseaux sociaux ? Pas de panique ! Si Facebook vous est complètement étranger, commencez simplement par explorer ce réseau. Et rassurez-vous, les luttes de votre ado pour être comme les autres sont extrêmement semblables aux luttes que vous avez connues en tant qu’ados – et à celles que vous connaissez encore aujourd’hui ! Avec ce point commun, détendez-vous et soyez authentique avec votre fils ou votre fille. Pas besoin de beaucoup d’imagination pour transférer vos expériences concernant le regard des autres et l’estime de soi en des discussions précieuses avec votre ado.


1.« Envy on Facebook: A hidden threat to users’ life satisfaction?» par Dr. Peter Buxmann et Dr. Hanna Krasnova.
2. Selon le rapport du Pew Research Center intitulé « Teens, social media, and privacy », à lire sur Pewinternet.org.

Cara Plett est auteure chez Focus on the Family Canada. Maman de trois garçons, elle vit dans la région de Vancouver avec son mari.

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