La théologie de la fourgonnette

Écrit par Margot Starbuck

Quand notre premier enfant est né, il y a huit ans, mon mari et moi n’avions pas vraiment de plan sur la manière de partager notre foi avec notre progéniture. De toute façon, avec deux diplômes universitaires à nous deux, comment cela pouvait-il s’avérer difficile ?

Pendant la première année de la vie de notre fille, nous étions vraiment brillants. Nous nous sommes contentés de répéter ce que nous avions appris dans un CD de berceuses de Michael Card, en parlant au lieu de chanter. Nous avions l’impression d’être des maîtres en l’art d’instruire les enfants dans le domaine de la spiritualité.

Puis notre fille apprit à parler.

Nous avons aujourd’hui trois jeunes enfants dont les commentaires à tendance théologique me rappellent souvent combien il peut être difficile d’enseigner des vérités éternelles à de jeunes intelligences.

Les voitures rapides et les chiots inaccessibles

Un jour, je faisais des courses avec mes trois enfants attachés dans leurs sièges quand le chiot en peluche de ma fille s’est trouvé propulsé à l’arrière de la fourgonnette, bien au-delà de sa portée.

Un gémissement de désespoir m’est parvenu du siège arrière : « Le Seigneur ne peut pas aller chercher mon chiot parce qu’il est dans mon cœur. »

Jamais auparavant, je n’avais entendu la Bonne Nouvelle proclamée d’une manière aussi mauvaise.

Visiblement peu ému, mon deuxième enfant s’est étonné à haute voix : « Est-ce que Dieu est encore dans ton cœur quand tu nages sous l’eau ?

— Mais oui, Rollie ! » dis-je, pour saisir le moment favorable à un petit enseignement. « Le plus cool, c’est qu’il est à l’intérieur de toi et à l’extérieur aussi. » Je ne tenais pas vraiment à ce qu’il suive les traces de sa sœur et devienne grandement désenchanté avec un Dieu piégé par les ventricules. « Même si tu ne le vois pas, il est vraiment là.

— Alors si tu te cognes contre quelque chose d’invisible, sous l’eau, c’est Dieu ?

— Peut-être. »

Le moment n’était peut-être pas si favorable que cela pour enseigner quelque chose. « Hé, pourquoi est-ce qu’on ne regarderait pas tout simplement par la fenêtre ? Regardez, voilà une super concession de voitures sport ! Regardez les voitures qui brillent ! »

Mon plus jeune fils, qui rêve de prendre une voiture de rallye pour aller à l’école, se plaignit aussitôt en ces termes : « Pourquoi est-ce que Dieu les a faites, alors que la police ne les laisse même pas rouler vite ? »

Ah oui, la vieille question de la théodicée. Comment la souffrance et le mal peuvent-ils cohabiter avec un Dieu bienveillant ?

« Je ne sais pas, mon gars. » Mais il avait raison, quelque part. « Ce que je sais vraiment, c’est que je suis heureux que Dieu m’ait donné des garçons. »

Rollie exprima sa surprise à haute voix : « Est-ce que Dieu a mis beaucoup de temps pour me faire ?

— Quand le monde est né, il y a très, très longtemps, Dieu a imaginé un Rollie », lui ai-je certifié. « Puis il t’a mis dans mon ventre.

— Est-ce que Dieu était assez fort pour me faire sortir de ton ventre ? » demanda-t-il.

« Bien sûr ! Tu l’as senti pousser ?

— Bien évidemment », dit-il.

Pendant que nous entrions sur le stationnement de la bibliothèque, je commençai à soupçonner mes petits de devenir plus intimes avec le Tout-Puissant.

J’ai perdu le contrôle

À la consternation générale, la bibliothèque était fermée, car c’était le Vendredi saint. Apparemment, si vous avez moins de huit ans, l’Agneau de Dieu étant sacrifié pour les péchés du monde n’arrive pas à la cheville de la possibilité de rapporter à la maison un puzzle en bois et un livre de George le p’tit curieux. J’eus peur que mes enfants ne ressentent une certaine déception à l’égard du Seigneur.

Au moment d’aller au lit, ce soir-là, je m’efforçai de contrôler les dégâts en expliquant de quelle manière, chaque année, nous faisons une pause pour nous rappeler le jour où Jésus est mort.

« Est-ce que quelqu’un sait comment il est mort ? » demandai-je, espérant avancer jusqu’à une explication de la croix.

« Jésus est mort pour nos péchés ! » s’écria Rollie, depuis la couchette supérieure.

« Est-ce que quelqu’un sait comment Jésus est mort ? » Je citai quelques exemples pour les mettre sur la bonne voie : « A-t-il été fusillé ? A-t-il été heurté par une voiture ? S’est-il noyé ? »

Rollie se mit à rire. « Il ne s’est pas noyé, évidemment, puisqu’il peut marcher sur l’eau ! »

« Très bien, mon garçon. Donc, la prochaine fois que tu heurteras un étranger sous l’eau, tu pourras te dire que ce n’est pas Jésus. »

Mon petit dernier se fit alors entendre. « Je sais comment il est mort, moi. »

« Pourquoi tu ne le dis pas, alors, Abhi ?

— Il y a des types qui l’ont pris et qui l’ont cloué à du bois qui ressemblait à un X. »

Me disant qu’il faudrait que j’en parle à son ophtalmologue et la responsable de la garderie, je laissai passer la diapo du « X ». Je me dis que c’était sans doute le plus près que nous pouvions arriver.

« C’est juste, Abhi, dis-je. Très bien ! » Visiblement impressionné, son grand frère s’étonna : « Toi, tu écoutes, à l’école du dimanche ! Moi, je n’écoute jamais. » Cette confession donna une ampleur digne d’un miracle à sa remarque sur le fait de marcher sur les eaux.

Où en étions-nous ?

« Quoi qu’il en soit, le matin de Pâques, les amis de Jésus ont réalisé qu’il était vivant », ai-je annoncé.

Dans la mémoire de Rollie, un clic a semblé apparaître alors et il s’est écrié : « Il était esprit ! »

En niant l’humanité de Jésus, mon enfant de six ans venait de tomber dans la plus vieille hérésie du del’histoire: le docétisme ! Nous allions peut-être pouvoir, dès le lendemain, réorganiser le concile de Chalcédoine avec les Legos des garçons.

« Non, Rollie, en réalité, Jésus avait un corps, ai-je expliqué. Et quand nous mourons, Dieu nous donne aussi de nouveaux corps !

— Oui, a confirmé Abhi, Dieu nous enlève notre peau et ensuite, il nous la remet.

— Hum, l’ai-je interrompu, cela, c’est de la chirurgie orthopédique, mais — »

Nullement intimidé, il ajouta : « Quand nous mourons, nous nous allongeons comme si nous flottions. » Tout en disant cela, mon fils se jeta en arrière et s’allongea sur son lit, roulant les yeux comme un personnage de dessin animé qui vient de recevoir un coup de poêle sur la tête.

Je me suis creusé la cervelle pour essayer de comprendre où il avait appris à faire cela, et j’ai réalisé qu’il avait appris à faire le « mort qui flotte » au cours de natation. Je m’étais creusé la cervelle pour me rappeler ce que mes enfants avaient appris à l’école et à l’église, mais je n’avais pas pensé du tout aux cours de natation qu’ils avaient suivis.

À la recherche d’une scène plus vaste, Abhi sauta de sa couchette et montra du doigt le tapis. « Très bien, imaginons que cela est un nuage », dit-il en se laissant tomber afin de refaire la routine du mort qui roule les yeux. Il était vraiment temps que notre train spirituel en loques se glisse jusqu’à la gare.

« De toute façon, l’important, c’est que Pâques, ce n’est pas les bonbons et les décorations. Pâques, c’est Jésus qui est vivant ! » Je le dis joyeusement pour que cela paraisse aussi grand que les bonbons.

« Et en plus, ajouta Rollie avec un brin d’exubérance, nous pouvons aller à la bibliothèque ! »

Gloire à Dieu, de qui nous viennent toutes les bénédictions.

© 2008 Focus on the Family. Tous droits réservés. Copyright international assuré. Avec autorisation.